Les jours se succèdent, et chaque jour amène ses drames et ses situations médicales tellement inattendues pour un européen...
Des enfants qui meurent brutalement, sans aucun signe d’appel, des accidentés de la route qui succombent à des blessures que nous pourrions pourtant soigner relativement facilement dans nos hôpitaux, des césariennes dont l’issue est fatale pour la mère, ... Même les situations qui semblent à priori rassurantes et médicalement normales peuvent se détériorer brutalement...
Que sommes-nous venus faire dans cet enfer ? Nous tentons désespérément de soigner, de panser, d’opérer, d’organiser, mais tous les jours nous sommes confrontés à la mort et à des catastrophes médicales que nous n’avions pas prévues.
Nous manquons de moyens diagnostics, nous manquons d’équipes soignantes motivées qui suivent nos prescriptions (toutes les infirmières travaillent dans deux ou trois hôpitaux à la fois, et passent leur temps à dormir quand nous tournons les talons, leur métier est un moyen de subsistance et non plus une vocation).
La collaboration avec le système local est probablement la chose la plus difficile, en comparaison avec un projet qui serait 100 % MSF et dont les employés seraient tous expatriés, volontaires et motivés.
Ces derniers jours, la mortalité est relativement importante, et nous accusons environ 2 à 5 morts par 24°°, soit des enfants, soit de jeunes adultes. Quoi qu’il en soit la moyenne d’âge de nos patients est vraiment jeune et nos plus vieux patients n’atteignent pas les 60 ans.
La mortalité de nos petits prématurés aux Soins Intensifs stagne lamentablement à 100%...
La mortalité maternelle suite aux accouchements est d’environ 5 à 10 %...
La mortalité pédiatrique également flirte avec les 10 %
Nous avons un très gros taux de grossesses pathologiques, de prématurité et d’enfants hypotrophiques à la naissance.
En médecine interne les principales pathologies sont infectieuses (paludisme, dengue, tuberculose, bronchopneumonies, typhoïde). Les pathologies cardiovasculaires sont principalement un taux énorme d’hypertension, mais nous ne rencontrons pas de pathologies cardiaques, et de toute façon nous n’avons aucun moyen ni de les diagnostiquer ni de les traiter ... à Choscal, il n’y a pas d’ECG, et le seul médicament antihypertenseur à disposition est la methyldopa.
En chirurgie nous avons principalement des pathologies infectieuses (abcès, phlegmons, gangrènes), des brûlures et des problèmes abdominaux. Nous avons une équipe de MSF France qui a un projet à Port au Prince pour toute la pathologie orthopédique et nous pouvons leur référer des patients avec des fractures.
En pédiatrie, nous avons des pneumonies, des diarrhées fébriles, des malaria, des neuro paludismes, des méningites, et des déshydratations.
Entre 100 et 150 patients passent la porte de l’hôpital chaque jour et Choscal est un hôpital d’environ 100 lits avec un taux d’occupation de plus de 100 % puisque notamment aux Soins Intensifs nous avons 3 enfants par lit ... pour seulement 1 médecin urgentiste, un médecin interniste, un gynécologue 2 jours par semaine, 1 chirurgien et un médecin anesthésiste-intensiviste... les 5 services (médecine, chirurgie, pédiatrie, maternité, soins intensifs) comprennent 3 infirmières par service, il y a 2 sage-femmes...
Le travail ne manque pas...
Mais le plus choquant est la présence permanente de la mort... pas une journée sans au moins un décès...
Dans ce contexte, nous rencontrons également un important problème de gestion de la morgue : pas de frigo, pas de climatiseur dans ce local, et des corps qui se dégradent à très grande vitesse en raison de la chaleur torride qui règne en Haïti, avec tous les risques que cela comprend (présence de nuages de mouches que l’on retrouve après dans tout l’hôpital...). Le « responsable » local (haïtien) de la morgue a de très sérieux troubles psychiatriques qu’il arrose abondamment d’alcool fort dès le matin ce qui rend son comportement pour le moins surprenant, pour ne pas dire choquant... et il nous est malheureusement impossible de l’évincer de son poste car il n’est pas employé ni payé par MSF et il semble bénéficier de « protections » locales. Mais, ... des corps disparaissent, les certificats de décès que nous remplissons à 3 exemplaires disparaissent, et certains corps restent dans la morgue plusieurs jours parce que les familles ne viennent pas réclamer leurs morts et qu’il n’y a pas de services de pompes funèbres. Parfois il prend seul l’initiative de mettre plusieurs corps dans une caisse en bois et part les enterrer lui-même... Nous avons déjà écrit plusieurs protocoles de gestion des morts avec les autorités publiques et la police, mais c’est très difficile à mettre en place. Inutile de parler d’un quelconque accompagnement des familles des défunts ni même d’une gestion digne des cadavres... c’est très choquant...
Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)
Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.
mercredi 23 juin 2010
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Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines
Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.
Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.
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