Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Commentaires

Pour ceux qui prennent connaissance de mon blog maintenant, je vous recommande de le lire dans l'ordre chronologique, c'est à dire de commencer par les messages publiés à la fin du mois de mai.

Hôpital Choscal Cité-Soleil

Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.

dimanche 4 juillet 2010

Photos Médicales

Voici quelques photos médicales prises à l'hôpital de Choscal Cité Soleil.
Il y a des photos des prématurés, des patients pédiatriques des soins intensifs, quelques photos de salle d'opération.
Malheureusement, chacun des petits patients pédiatriques que vous pouvez voir sur ces photos sont maintenant décédés. Que leurs petites âmes légères et pures reposent en Paix!
Les patients adultes dont on voit les opérations se portent très bien, et ont eu des suites post opératoires parfaitement simples.

vendredi 2 juillet 2010

Encore des photos: l'hôpital de Choscal Cité-Soleil (un des bidon-ville de Port au Prince)

L'hôpital de Choscal - Cité Soleil, est un hôpital public, qui offre gratuitement des soins médicaux de bonne qualité à toute la population du bidon-ville de Cité Soleil (population estimée à 250'000 à 300'000 habitants). 
Ce centre de soin est un centre d'accès primaire (premier recours), c'est à dire que selon la pathologie, des patients peuvent être transférés dans d'autres centres médicaux.
Ce projet existait déjà avant le séisme du 12 janvier 2010.
C'est un projet que MSF a monté en collaboration avec le Ministère Haïtien de la Santé et de la Population (MSPP). 
Ce qu'il faut savoir c'est que la zone dans laquelle se trouve cet hôpital est une des plus dangereuse de Port au Prince: c'est une zone classée "noire" dans laquelle les haïtiens eux-mêmes n'entrent pas.
Aucune ONG n'accepte de travailler à Cité Soleil. MSF est la seule ONG reconnue, respectée par les habitants de Cité Soleil. A part MSF, seuls les casques bleus (soldats armés jusqu'aux dents) de la MINUSTHA (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en HAïti) circulent dans ce bidon-ville.
La violence y est quotidienne: armes à feu (tous les gangs se réarment actuellement), armes blanches, racket, règlements de compte entre gangs, violences sexuelles, trafic de drogue, trafics en tous genre, et surtout, conflits ouverts avec la MINUSTHA qui fait des opérations militaires "coup de poing" (armes réelles, et matériel lourd tel que tanks etc....) pour désarmer les gangs, et rattraper les 4'000 fugitifs des prisons haïtiennes qui se sont échappés lors du séisme... Chaque nuit il y a entre 5 et 20 morts, chaque nuit il y a des coups de feu, chaque jour nos convois de voiture sont bloqués ou déviés pour des raisons de sécurité...
Et chaque jour nous recevons des blessés par balle... ou par arme blanche, et chaque jour nous devons négocier ferme avec la police haïtienne et les soldats de la MINUSTHA pour les empêcher d'entrer en armes dans l'hôpital et pour les empêcher de venir reprendre nos patients...
Cet hôpital est maintenu en fonctionnement à 100% par MSF qui fournit tout le matériel, toute la logistique, tous les médicaments, les spécialistes (chirurgiens, anesthésistes (dont votre serviteur), pédiatres, gynécologues, médecins urgentistes) et qui s'occupe de la très lourde tâche du contrôle des ressources humaines et de l'organisation du fonctionnement de l'hôpital, ainsi que de l'eau et de la surveillance sanitaire et de la promotion de la santé.
Sur les photos que vous allez voir, il reste encore quelques "tentes-hôpital" qui étaient utilisées comme "services" de chirurgie, ou de pédiatrie ou de maternité, ou de médecine interne juste après le séisme (le personnel haïtien et les patients refusaient d'entrer dans les bâtiments qui ont très bien tenu et peu souffert lors du séisme).
Il y a aussi des citerne d'eau potable: le service "watsan" (water and sanitation) de MSF cherche à augmenter la capacité en eau potable de l'hôpital qui consomme 10 mètres cubes d'eau par jour (10'000 litres) ; nos watsan ont réussi l'exploit de doter Choscal de plusieurs citernes ce qui a augmenté la capacité à 53 mètres cubes. Cette réserve permet de "tenir" au cas où l'approvisionnement en eau devait être interrompu pour des raisons de violence ou de catastrophe naturelle.
Après avoir vu et travaillé dans cet hôpital, je ne râlerai plus jamais sur les conditions d'hospitalisation aux HUG, promis... Je vous laisse juges...
Une dernière remarque: sans MSF, sans ce projet, les habitants de Choscal cité-soleil n'auraient AUCUN accès à aucun soins...

mardi 29 juin 2010

Maisons détruites

Je vous livre encore des photos que j'ai faites avec mon téléphone portable depuis les voitures MSF lors de mes trajets entre mon logement et l'hôpital de Choscal.
La ville n'est que ruines... et le plus dramatique est que les parties les plus touchées de la ville sont les zones les plus pauvres, entre autres parce que les constructions étaient de mauvaise qualité.
Un chauffeur Haïtien m'a dit un jour le regard dans le vague: "tu vois, Dr Michel, toutes ces maisons en ruine, ... eh bien cela a duré 45 secondes, ... tout s'est écroulé en 45 secondes, ... en 45 secondes il y a eu des milliers de morts, des milliers, des écoles entières avec des enfants, des jeunes étudiants, des écoles d'infirmières avec des centaines d'infirmières, ... et moi ce jour là je me trouvais au nord de Haïti. Je n'ai rien su, ce n'est que le lendemain que j'ai vu les informations à la télévision, ... c'était l'horreur... en direct... quand on a réussi à venir comme bénévoles, il y avait des morts partout, partout..."
Les expatriés avec qui j'ai pu parler et qui étaient sur place lors de l'urgence me l'ont décrit, ce chaos...
"il y avait des cadavres partout, cela sentait la mort partout, et il y avait des explosions (des conduites de gaz ou d'essence) et il y avait des hommes ou des femmes qui étaient carbonisés complètement, mais qui vivaient encore... "
Les plus chanceux sont morts sur le coup, ensevelis. Mais de nombreuses victimes sont mortes après des jours de souffrance, en raison de chocs hémorragiques, des suites de brûlures étendues au 3ème degré, des suites d'amputations qui ont dégénéré en gangrènes, ...
Haïti, île martyre, ... peuple Haïtien, peuple martyr, ... tu avais déjà perdu espoir, et cette catastrophe est venue achever le peu qui existait encore...
Les haïtiens valides survivants à ce désastre, et qui ont tout perdu, tout: leurs proches, leurs maisons, leurs biens, absolument tout, qui se sont retrouvés en 45 secondes des sans domicile, sans habits, sans maison, sans nourriture, sans eau, sans toilettes, sans douches, sans toit, se sont tous portés volontaires pour aider la Croix-Rouge Haïtienne.
Depuis le 12 janvier, ils n'ont pas eu un seul jour de repos, pas un seul, et surtout, le plus difficile, pas un seul jour de deuil pour pleurer leurs morts, et pour pleurer tout ce qu'ils ont perdu, pas un seul jour pour reprendre des forces.
Et que retrouvent-ils en sortant du "travail" ? des champs de ruines, des camps de tentes, des conditions de vie inhumaines, sans intimité, sans sécurité, sans hygiène, sans eau, sans fraîcheur, des nuages de moustiques, la maladie, la mort, l'angoisse, toujours, ... et surtout, surtout, l'absence d'espoir, ... 
Pas de gouvernement, pas de travail, aucune infrastructure, aucune gestion de la violence, et un climat implacable...
Actuellement, la seule chose qui se passe sur ces champs de ruine sont la présence d'hommes qui avec des marteaux et des masses, brisent les blocs de béton en petits gravats et qui récupèrent les tiges d'acier du béton armé pour les revendre aux ferrailleurs.
Sinon, des familles entières logent soit à la belle étoile, soit sous tente à côté de leur maison en ruine et attendent depuis 6 mois un hypothétique plan de reconstruction.
Partout sur les murs des ruines sont écrits à la peinture des phrases: "nous avons besoin d'aide", ou encore "Adieu ... (avec le prénom de quelqu'un)... nous ne t'oublierons jamais..."
La vie a repris en Haïti... les rares "axes routiers" encore "carrossables" sont bloqués de 8°° à 17°° par des files de voitures, on voit partout des enfants en uniforme scolaire se rendre dans des écoles privées, parfois des hommes en costume/cravate, et le dimanche, des enfants ou des adultes dans des habits éclatants de propreté se rendre à l'église une bible à la main.
Partout, des "marchés" fleurissent et tout peut servir d'étalage pour vendre tout et n'importe quoi.
D'énormes camions citerne livrent inlassablement de l'eau "potable" partout (il n'y a aucune canalisation d'eau qui fonctionne encore).
Partout des ordures jonchent les rues, des chiens errants faméliques se nourrissent des restes trouvés, et seule note un peu "bucolique", des poules et des coqs absolument partout... et qui chantent le lever de l'astre du matin, mais qui semblent avoir un peu perdu le nord.. (ils chantent le lever du soleil à 2°° du matin aussi bien qu'à midi).
Tout reste à faire pour tenter de relever Haïti, tout... il y en a pour des années de travail...

lundi 28 juin 2010

Cité Soleil, bidon-ville maudit

Cité Soleil, porte son nom probablement en raison du fait qu'il n'y a quasiment plus un seul arbre sur cette étendue où s'entassent environ 200'000 à 250'000 personnes, dans des conditions de vie très précaires: pas d'eau, pas de toilettes, pas d'électricité, aucune sécurité, des gangs qui terrorisent la population, la rackettent, des violences sexuelles sur les femmes, les hommes, les enfants, des meurtres.. l'alcool y coule à flots (le rhum est très bon marché), la drogue aussi malheureusement. La pollution de la terre, de l'eau et de l'air y est effroyable, et les gens croupissent dans les immondices et les ordures qui remplissent toutes les ruelles, et dans lesquelles fouillent les cochons, les rats, les chiens, et ... des enfants et des femmes qui recherchent de précieux morceaux de métal qu'ils vont tenter de revendre aux ferailleurs...
L'odeur est pestilentielle, et la chaleur envoie des bouffées de ces émanations qui brûlent le visage et les voies respiratoires.
Il n'y a rien à faire, pas de travail, pas d'espoirs, le revenu moyen de ces personnes est de moins de 1 dollar US par jour pour faire vivre une famille avec plusieurs enfants, pas de système scolaire, pas de système de santé, pas de service de voirie, pas d'eau, pas d'électricité, la Police (corrompue et certainement non fiable) ne s'aventure pas plus que les casques bleus.
MSF est la seule et unique ONG qui travaille dans cette zone et qui est acceptée par la population, en raison de son attitude totalement neutre dans tous les conflits qui secouent cette partie maudite de la ville de Port au Prince.
Je ne connais pas les bidons-ville de Calcutta, mais pour avoir lu les récits des soeurs de Mère Thérèsa et des conditions dans lesquelles elles travaillent, je pense qu'il s'agit d'une situation tout aussi catastrophique, voire même plus dangereuse.
Les habitants n'ont plus aucun espoir, et leur seul objectif est de gagner suffisamment de "gourdes" (la monnaie Haïtienne qui vaut 60 fois moins que le dollar US) pour fuir cet enfer... Tous les moyens sont bons: prostitution, contrebande, racket, proxénétisme, trafic en tous genres, ou faire partie d'un des nombreux gangs...
C'est la raison pour laquelle il y a un couvre feu partiel de 18°° à 21°° et complet de 21°° à 7°°...
C'est la raison pour laquelle la Minustah a été déployée avec des moyens militaires.
C'est une des raisons qui font que malgré la somme colossale de dons qui ont été versés par la communauté internationale après le séisme de janvier 2010, rien ne peut se produire: non seulement il n'y a pas de gouvernement, mais même avec l'aide de la Minustah, personne n'ose venir travailler dans ce bidon-ville maudit: aucune ONG et encore moins les Haïtiens qui ont peur et n'osent pas s'y aventurer...
"Nos" employés de l'hôpital de Choscal soit sont des habitants de Cité-Soleil, soit viennent uniquement dans les convois de voiture MSF qui arrivent tous les matins à 7°° et qui repartent tous les soirs à 17°° de Choscal.
250'000 personnes vivent dans ces conditions (la Ville de Port au Prince compte environ 2.5 millions d'habitants et plusieurs autres quartiers du même genre: Sarthes, Chancerelles, ...

Les camps de tentes

Les camps de tentes "abritent" des milliers d'enfants, de femmes, d'hommes et de vieillards, qui sont devenus sans abris depuis le séisme du 12 janvier 2010.
Il fait une chaleur étouffante dehors avec un taux d'humidité tel que la température ressentie est de 10 degrés supérieure à celle indiquée sur le thermomètre...
Imaginez-vous des étendues de terre battue avec des cailloux, l'absence totale d'arbres ou de buissons. Des milliers de tentes collées les unes aux autres.
C'était une réponse adéquate à l'urgence du séisme... mais depuis 5 mois et demi, toutes ces familles ont perdu toute dignité humaine, ils vivent sans eau, sans électricité, sans douche, sans toilettes, sans service de voirie.
Les abords des camps sont jonchés de tas d'ordure pourrissantes desquels suintent un jus noirâtre et nauséabond, et dans lesquels fouillent inlassablement des enfants et des femmes à la recherche de quelques morceaux de ferraille à revendre; des cochons aussi fouillent ces ordures pour se nourrir et parfois des chèvres, mais aussi des chiens et des rats gros comme des petits chats... Quand les tas d'ordure deviennent trop grands, ou quand le besoin s'en fait ressentir par exemple pour cuire de l'eau ou des aliments, les "habitants" des camps y mettent le feu .. une fumée noire et âcre, qui vous brûle la gorge et qui vous pique les yeux s'élève et se répand alentours...
Dans le camp, il y a des latrines installées par les logisticiens des différentes ONG. Il faut vous imaginer 4 ou 5 cabanons en toile de tente sur des grosses citernes noires. Les gens doivent s'accroupir au dessus d'un trou et tout s'accumule dans ces citernes... quand on doit pratiquer la vidange des citernes, on trouve de tout, et parfois au milieu des déchets et des excréments, des restes humains.
Etant donné qu'il n'y a plus aucune administration, il n'y a aucune sécurité. Les viols des jeunes femmes ou mêmes des jeunes filles (parfois de 4 ans) sont fréquents dans ces camps. MSF a dû organiser des cours de sensibilisation pour les filles, les garçons en âge scolaire, afin de les rendre attentif à tout ce qui pourrait aboutir à une forme de violence sexuelle dans ces lieux de promiscuité où plus aucune intimité ni aucune pudeur n'est possible: il n'y a pas d'autre choix que de se laver dehors devant sa tente avec une bassine d'eau, nu au bord de la route, et devant tout le monde...
La violence et l'insécurité sont omniprésentes dans ces lieux de regroupement où s'épuisent des milliers d'âmes.
C'est le lieu de résidence de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants et de vieillards depuis presque 6 mois, et aucune reconstruction n'a encore commencé...

samedi 26 juin 2010

Photos

Je vais tenter de vous livrer des photos que j'ai pu faire.
Ce sont des photos "volées" à la sauvette depuis les voitures MSF durant les transports en convois.
Nous ne sommes pas censés faire des photos, cela fâche les Haïtiens qui se sentent blessés dans leur fierté, et je les comprends.
Mais un témoignage visuel est aussi nécessaire pour tenter de comprendre.
Il y a des photos prises dans la ville, il y a des photos de l'hôpital, il y a des photos médicales.
Je vais essayer de les grouper en albums.
La photo que vous voyez sur la droite est celle d'un des camps proches de l'hôpital de Choscal.
Difficile d'imaginer vivre dans ces conditions depuis le 12 janvier 2010 (plus de 5 mois) quand on sait l'insécurité qui règne dans la ville... sans parler de l'absence d'intimité et du manque total d'hygiène...

vendredi 25 juin 2010

MSF - réflexions sur ma mission

La fin de ma mission est là...
Je suis entrain de clôturer les derniers rapports de mission, les statistiques d'activité, les protocoles cliniques,...
Et je suis reconnaissant, très reconnaissant à MSF de m'avoir permis une expérience aussi spectaculairement enrichissante:
seul, devant l'ampleur inimaginable de ce désastre humanitaire dans lequel se trouve la population entière de Port au Prince (et de tout Haïti), je n'aurais rien pu faire, rien du tout...
MSF a une expérience extrêmement forte pour agir efficacement et venir au secours des populations les plus vulnérables et défavorisées de la planète.
L'action est très bien, mais vraiment très bien organisée, planifiée, structurée:
 - il y a d'abord l'analyse minutieuse et extrêmement précise de la situation et donc des besoins
 - ensuite il y a la volonté de rester neutre et impartial sur le plan politique, religieux, ethique, la volonté de rester avant tout des médecins au service de ceux qui en ont tant besoin, et d'offrir gratuitement ces soins
 - ensuite MSF apporte un soutien financier direct, logistique, et de sécurité
 - vous avez pu lire tous les risques dans lesquels nous avons travaillé: eh bien nuit et jour, des équipes se sont relayées pour assurer la sécurité des expatriés sur le terrain: tout a été prévu et envsagé, tout même le pire, et pour cela, je dois dire: chapeau !
- MSF pense aussi au confort des expats et même si nous ne nous sommes pas trouvés dans un hôtel 5 étoiles, nous n'avons manqué de rien: nourris (agréablement), logés, blanchis, ... il y a même des sorties organisées pour le jour de congé de la semaine, c'est à dire le dimanche
 - mais MSF n'en reste pas là, MSF a le soucis de ce qui va se passer une fois que l'ONG va se retirer du projet, donc il y a une volonté farouche d'employer du personnel local, et surtout de former, de partager le savoir, d'encadrer ce personnel local pour que la structure puisse continuer à fonctionner sans nous...

Quelle fiertré d'avoir pu apporter une toute petite goutte d'eau à cet océan de solidarité et d'entraide. L'engagement est très fort et très lourd, mais quelle récompense !
Je suis pétri d'admiration pour tous ces jeunes hommes et femmes (je suis probablement le plus vieux de l'équipe) qui s'engagent pour 3 mois, 6 mois, 1 an
Et engagement n'est pas un vain mot, le travail est soutenu et intense, sur tout les fronts, et dans un contexte de vie particulièrement difficile et stressant.

Merci MSF pour tout ce qu'il est possible de faire grâce à cette ONG.
Et pour ceux qui me lisent, ... n'hésitez pas, soutenez MSF, cela en vaut vraiment la peine, l'argent que vous donnerez sera vraiment utilisé à bon escient.

mercredi 23 juin 2010

Saison des pluies ... et des cyclones

Ce matin, il fait nettement plus frais, le ciel est couvert, une petite pluie continue tombe régulièrement, et surtout, quel bonheur ! les rues sont un peu plus silencieuses...
Un vent assez important s'est levé ce qui rafraîchit agréablement l'atmosphère. L'air est nettement plus respirable.
Mais... tout cela est bien joli à l'abri d'une maison en dur, sous un toit solide... c'est tout autre chose sous tente, ou dans une cabane de fortune faite de vieilles tôles et de morceaux de planches...
Le chauffeur nous a annoncé qu'il y avait une pré alerte cyclone... pourvu que rien n'arrive, je n'imagine même pas le désastre si des vents plus violents devaient se lever... que deviendraient ces milliers de sans abris sous tente ?
Ces jours, l'afflux de malades a un peu diminué en nombre, mais la gravité des situations elle, reste invariable...
Nous avons du provoquer l'avortement d'une jeune future maman à 21 semaine pour tenter d'interrompre une éclampsie sévère qui résistait à toutes nos tentatives de traitement.
Un jeune patient de 20 ans qui se promenait au marché a "reçu" une balle perdue (fusil): la balle a traversé d'une épaule à l'autre, mais a malheureusement passé à travers une vertèbre dorsale et a sectionné la moelle épinière de ce pauvre patient qui se retrouve tétraplégique... le drame est qu'il n'existe absolument aucune structure pour le prendre en charge, pas de fauteuil roulant, rien... nous ne savons juste pas comment organiser sa prise en charge...
Un autre patient environ 18 ans a été renversé par un camion, il a un traumatisme crânien sévère et reste dans un coma profond (GCS 7/15) depuis 3 jours... nous n'avons aucun moyens diagnostics ni thérapeutiques pour lui.
Nous avons deux enfants avec une méningo encéphalite sévère qui ne répondent pas aux traitements.
Fort heureusement, de nombreuses situations se terminent mieux: un grand nombre de patients opérés se balladent dans la cour de l'hôpital et nous offrent leur magnifique sourire et leurs remerciements quand nous passons, donnant spontanément de leurs nouvelles. "merci doc, tu vois, je vais mieux"...

Victoria est née au ciel

Elle avait 4 jours de vie, une sœur jumelle décédée à quelques heures de vie, elle était prématurée, environ 30 semaines, ne pesait que 1kg100. Elle a « tenu » 4 jours assez bravement et depuis ce matin, rien ne va plus, ses tout petits poumons se sont épuisés, incapables d’affronter l’agression des sécrétions et des bactéries qui se sont développées brutalement en quelques heures. Nous nous sommes relayés toute la journée pour la ventiler des heures durant, mais ce soir, épuisée comme elle l’était, sans aucune réserve, elle ne tenait pas plus de 10 secondes sans assistance ventilatoire... Alors j’ai du prendre la terrible décision d’arrêter les soins. En moins de 3 minutes, sa toute petite vie s’est envolée vers des cieux meilleurs et sereins. A elle, au moins, j’ai pu administrer un antidouleur, et j’ai le mince espoir que ses quelques moments de fin de vie ont été paisibles.
Elle n’avait pas encore de nom, et comme elle semblait s’accrocher à la vie, je l’avais appelée Victoria, comme mon petit Victor...
Repose en Paix avec les anges...
Tous les jours, ... tous les jours, la mort côtoie la vie à Choscal...

Logistique hospitalière

MSF fournit tout le matériel, les médicaments, la logistique pour installer, réparer, organiser, et en plus paie une prime à chaque employé qui correspond au doublement de son salaire...
Pour cet hôpital, la consommation est d’environ 10 mètres cubes d’eau (10'000 litres) par jour et MSF a construit des réservoirs d’une capacité de 50 mètres cubes en prévision d’une catastrophe. Je vous rappelle que toute l’eau est acheminée par camion citerne, et qu’elle est traitée et rendue potable par MSF qui a toute une équipe chargée de l’eau.
L’électricité est fournie par des grosses génératrices à essence diesel et quelques panneaux solaires.
Les familles de patients doivent tout apporter : linge, draps, nourriture, etc... MSF fournit aux patients 3 repas par jour (une bouillie de céréales )...
Il y a deux « douches » rudimentaires dans la cour de l’hôpital, juste devant la morgue et tous les patients valides doivent remplir un seau d’eau et faire la queue pour aller se laver...
La nuit, les maman des patients pédiatriques dorment par terre sous le lit de leur enfant. Les familles des patients adultes dorment affalés entre une chaise et le lit du patient.
On entend toute la journée et toute la nuit les hurlements des enfants, et les cris de douleurs des femmes en travail d’accouchement et qui déambulent en criant dans la cour de l’hôpital parfois à quatre pattes par terre ou agrippées à un mur.
Aucune pudeur, aucune intimité, aucune explications données aux patients, ils sont d’une docilité impressionnante. Quand je viens parler à mes patients pour leur expliquer ce qui leur arrive ou ce que je vais leur donner comme traitement ou leur faire subir comme soin, les infirmières haïtiennes rigolent et me prennent pour un illuminé...elles ne comprennent pas cette démarche et trouvent que je perds mon temps et que le patient n’a qu’une chose à faire : obéir aux ordres du docteur. Les patients eux-mêmes sont très impressionnés et restent silencieux, très étonnés par ma démarche.

Administration

A part tout cela, je dois encore tenir les statistiques hebdomadaires de toutes les activités dont je suis responsable. Et nous avons une réunion générale une fois par semaine, une réunion médicale hebdomadaire, je dois superviser des dossiers d’engagement pour tout ce qui concerne l'anesthésie, le bloc opératoire et les soins intensifs. Et je fais partie de l’équipe qui prépare le plan catastrophe de Choscal... eh oui, les choses peuvent aller encore plus mal que maintenant et nous redoutons très sérieusement une flambée de violence, ou pire encore la saison des cyclones qui approche (n’oublions pas les milliers de sans abris qui logent sous tente... avec des vents de 100 à 200 km heure et des pluies diluviennes, je n’ose juste pas imaginer le cauchemar). Une autre éventualité est un crash aérien : tous les avions passent au dessus de cité soleil et au dessus de notre hôpital avant d’atterrir et leur hauteur de vol doit être de 100 mètres environ...

Le bloc opératoire

J’ai aussi commencé à réorganiser le fonctionnement du bloc opératoire, à commander du matériel, à réguler le programme opératoire pour prioriser les urgences par rapport aux non urgences, à re expliquer le fonctionnement d’un bloc, les règles d’hygiène, ...
Notre table d’opération est toujours cassée et redescend lentement en permanence, et l’anesthésiste doit constamment pomper pour que la table remonte à hauteur compatible avec le chirurgien (c’est une table avec un système hydraulique pour faire monter ou descendre à volonté).
Notre scialytique (lampe de plafond qui dispense une forte lumière blanche au dessus du champ opératoire) est cassé depuis plus d’un mois et notre brave chirurgien travaille aves des lampes de fortune branchées à des batteries de voiture posées à même le sol.
J’ai encore un stock relativement confortable de médicaments pour faire des anesthésies relativement efficaces. Par contre pour ce qui est des règles de sécurité... cela me fait froid dans le dos...
Mon collègue chirurgien est d’origine russe, assez jovial, ne parle pas le français et baragouine un peu d’anglais avec un si fort accent russe que je dois souvent lui demander de me répéter ce qu’il veut me dire... il a déjà une voix assez forte et quand je lui demande de répéter, il pense que je n’ai pas entendu alors il crie encore plus fort, mais de façon toujours plus incompréhensible... nous formons une paire qui doit être assez cocasse ...
A la maison, il a une descente impressionnante en bière et en vodka, mais je ne l’ai jamais vu ivre...
A part cela, il opère assez bien, il n’a eu aucune infection post opératoire et aucune hémorragie post opératoire. Ses plaies et sutures ne sont pas des plus esthétiques, mais elles ont l’avantage d’être efficaces.
Il est devenu un vrai champion des césariennes en urgence (nous en avons entre 1 et 3 par jour, et il collectionne des temps opératoires très impressionnants : entre l’incision de départ et l’hystérotomie (ouverture de l’utérus dans lequel se trouve le bébé), environ 1 à 2 minutes, et entre l’hystérotomie et la naissance entre 30 secondes et 1 minutes. C’est vraiment excellent. Ensuite c’est moi qui assume la réanimation des bébés qui ont tous besoin d’un petit coup de main pour démarrer dans la dure vie qui les attend...
Ce qui est très sympa c’est de croiser les opérés dans la cour de l’hôpital, qui nous reconnaissent tous, nous saluent avec un grand sourire et nous montrent tout heureux leurs progrès.

Les Soins Intensifs

J’ai commencé un travail de réorganisation des soins intensifs : il faudra faire beaucoup d’enseignement aux infirmières, leur apprendre à connaître leurs patients, à comprendre pourquoi faire les traitements, et surtout ...l nécessité de surveiller leurs patients au lieu de dormir ou de regarder les match de foot à la télé ... (tous les employés de Choscal ont de petites télé portables pas plus grandes qu’un natel et regardent en direct tous les mach avec forces commentaires).
Mes braves infirmières ne savent pas réanimer, ne savent pas préparer des médicaments intraveineux, leurs notions d’hygiène sont assez poétiques, et surtout elles n’ont pas le même sens des priorités que moi...
Je leur ai préparé des outils de travail très simples avec lesquelles elles doivent cocher des cases pour être sûres de n’avoir rien oublié.
Je dois leur apprendre à être systématiques, ordrées, à surveiller leurs stocks de médicaments, et de matériel, leur apprendre que si une collègue doit réanimer un patient ce n’est pas le bon moment pour quitter les soins intensifs pour aller prendre sa pause ou partir manger...

Les urgences

Tous les jours nous avons des accidentés graves : en Haïti, il n’y a pas de permis de conduire et encore moins d’un service des automobiles qui surveille l’état des véhicules : de véritables épaves tiennent lieu de pickup toyota dans lesquels s’entassent entre 10 et 15 personnes, et je vous laisse imaginer ce qui se passe quand un de ces véhicules entre en collision..., il n’y a aucune règle de circulation et très nombreux sont les enfants et les adultes qui se font renverser par des voitures ou des camions. Les blessures sont très impressionnantes et souvent fatales fautes de moyens de les soigner.
Nous continuons d’avoir assez régulièrement des plaies par balles en tous genres mais qui ne semblent relever que d’une violence civile (« petite criminalité » ) et parfois qui suivent une intervention de la Minustah.
Le pire à supporter ce sont les enfants malades que des mères nous amènent dans un état quasiment moribond... dans un état semi comateux, sévèrement déshydratés, hautement fébriles, et dont l’issue est en générale fatale en quelques heures...
Sinon nous soignons tous les jours des plaies monstrueuses et des abcès dont l’incision draine des litres de pus nauséabond : jamais je n’ai vu pareilles plaies en Europe. Étonnamment, après drainage, l’évolution est relativement bonne. J’ai pris quelques photos mais je vais vous épargner... ce sera pour des collègues médecins...

La mort et la maladie planent au dessus de Choscal :

Les jours se succèdent, et chaque jour amène ses drames et ses situations médicales tellement inattendues pour un européen...
Des enfants qui meurent brutalement, sans aucun signe d’appel, des accidentés de la route qui succombent à des blessures que nous pourrions pourtant soigner relativement facilement dans nos hôpitaux, des césariennes dont l’issue est fatale pour la mère, ... Même les situations qui semblent à priori rassurantes et médicalement normales peuvent se détériorer brutalement...
Que sommes-nous venus faire dans cet enfer ? Nous tentons désespérément de soigner, de panser, d’opérer, d’organiser, mais tous les jours nous sommes confrontés à la mort et à des catastrophes médicales que nous n’avions pas prévues.
Nous manquons de moyens diagnostics, nous manquons d’équipes soignantes motivées qui suivent nos prescriptions (toutes les infirmières travaillent dans deux ou trois hôpitaux à la fois, et passent leur temps à dormir quand nous tournons les talons, leur métier est un moyen de subsistance et non plus une vocation).
La collaboration avec le système local est probablement la chose la plus difficile, en comparaison avec un projet qui serait 100 % MSF et dont les employés seraient tous expatriés, volontaires et motivés.
Ces derniers jours, la mortalité est relativement importante, et nous accusons environ 2 à 5 morts par 24°°, soit des enfants, soit de jeunes adultes. Quoi qu’il en soit la moyenne d’âge de nos patients est vraiment jeune et nos plus vieux patients n’atteignent pas les 60 ans.
La mortalité de nos petits prématurés aux Soins Intensifs stagne lamentablement à 100%...
La mortalité maternelle suite aux accouchements est d’environ 5 à 10 %...
La mortalité pédiatrique également flirte avec les 10 %
Nous avons un très gros taux de grossesses pathologiques, de prématurité et d’enfants hypotrophiques à la naissance.
En médecine interne les principales pathologies sont infectieuses (paludisme, dengue, tuberculose, bronchopneumonies, typhoïde). Les pathologies cardiovasculaires sont principalement un taux énorme d’hypertension, mais nous ne rencontrons pas de pathologies cardiaques, et de toute façon nous n’avons aucun moyen ni de les diagnostiquer ni de les traiter ... à Choscal, il n’y a pas d’ECG, et le seul médicament antihypertenseur à disposition est la methyldopa.
En chirurgie nous avons principalement des pathologies infectieuses (abcès, phlegmons, gangrènes), des brûlures et des problèmes abdominaux. Nous avons une équipe de MSF France qui a un projet à Port au Prince pour toute la pathologie orthopédique et nous pouvons leur référer des patients avec des fractures.
En pédiatrie, nous avons des pneumonies, des diarrhées fébriles, des malaria, des neuro paludismes, des méningites, et des déshydratations.
Entre 100 et 150 patients passent la porte de l’hôpital chaque jour et Choscal est un hôpital d’environ 100 lits avec un taux d’occupation de plus de 100 % puisque notamment aux Soins Intensifs nous avons 3 enfants par lit ... pour seulement 1 médecin urgentiste, un médecin interniste, un gynécologue 2 jours par semaine, 1 chirurgien et un médecin anesthésiste-intensiviste... les 5 services (médecine, chirurgie, pédiatrie, maternité, soins intensifs) comprennent 3 infirmières par service, il y a 2 sage-femmes...
Le travail ne manque pas...
Mais le plus choquant est la présence permanente de la mort... pas une journée sans au moins un décès...
Dans ce contexte, nous rencontrons également un important problème de gestion de la morgue : pas de frigo, pas de climatiseur dans ce local, et des corps qui se dégradent à très grande vitesse en raison de la chaleur torride qui règne en Haïti, avec tous les risques que cela comprend (présence de nuages de mouches que l’on retrouve après dans tout l’hôpital...). Le « responsable » local (haïtien) de la morgue a de très sérieux troubles psychiatriques qu’il arrose abondamment d’alcool fort dès le matin ce qui rend son comportement pour le moins surprenant, pour ne pas dire choquant... et il nous est malheureusement impossible de l’évincer de son poste car il n’est pas employé ni payé par MSF et il semble bénéficier de « protections » locales. Mais, ... des corps disparaissent, les certificats de décès que nous remplissons à 3 exemplaires disparaissent, et certains corps restent dans la morgue plusieurs jours parce que les familles ne viennent pas réclamer leurs morts et qu’il n’y a pas de services de pompes funèbres. Parfois il prend seul l’initiative de mettre plusieurs corps dans une caisse en bois et part les enterrer lui-même... Nous avons déjà écrit plusieurs protocoles de gestion des morts avec les autorités publiques et la police, mais c’est très difficile à mettre en place. Inutile de parler d’un quelconque accompagnement des familles des défunts ni même d’une gestion digne des cadavres... c’est très choquant...

mardi 15 juin 2010

lundi 14 juin 2010 : petit Victor est mort ...

Triste journée que ce lundi... en arrivant à Choscal, la première chose que j'ai faite a été de me rendre aux Soins Intensifs pour voir mon petit Victor.
Il est décédé hier soir après un ultime arrêt respiratoire.
Le coeur lourd, j'ai eu de la peine à redémarrer ma journée de travail avec énergie et enthousiasme.
Ma visite des soins intensifs était teintée de tristesse, mais heureusement mes autres patients vont bien et ont une évolution favorable. Un des patients était une urgence de la nuit: plaies par arme blanche (une 20aine de coups de couteau dans le dos, perforation thoracique avec hémopneumothorax), encore un règlement de comptes entre gang.
Ensuite longue activité au bloc opératoire principalement pour des plaies infectées abcédées. Je n'ai jamais de ma vie de médecin rencontré des situations aussi extrêmes... Chaque abcès vomissait des litres de pus dans l'indifférence du chirurgien pour qui ce genre de cas semble parfaitement habituel et banal... c'était juste hallucinant.
En sortant du bloc opératoire, je reçois un appel urgent sur ma radio: on a besoin de moi aux Soins Intensifs: un enfant est en cours de réanimation: Je trouve plusieurs de mes collègues devant un enfant malnutri, cachectique et sévèrement deshydraté, en état agonal... un de mes collègues a trouvé sa jeune maman de 15 ans, tranquillement assise sur un banc à la consultation ambulatoire... elle avait visiblemnt eu recours à des "soins" selon les techniques vaudous, mais commençait à trouver que son enfant était peu réactif, mais elle ne s'est même pas présentée aux urgences, c'est mon collègue qui a pris l'enfant et l'a emporté aux soins intensifs pour tenter quelque chose. Après 2 heures de réanimation, nous avons dû abandonner...
Quel terrible sentiment d'impuissance...
Petit Victor va me manquer, qu'il repose en Paix avec les anges.

dimanche 13 juin 2010

Dimanche 13 juin 2010

Les rues sont calmes sur le trajet de l’hôpital. Des hommes en chemise-cravate ( !), des petites filles en robes blanches éclatantes avec des rubans blancs dans les cheveux se promènent fièrement au milieu des décombres et des tas d’ordures pourrissantes et fumantes, une bible à la main... Des personnes se lavent à grandes eaux, nues dans la rue...
Il fait un soleil resplendissant et brûlant, il n’est que 7heures du matin... et déjà il fait une chaleur étouffante.
Je suis venu à Choscal pour faire la visite de mon service de Soins Intensifs.
Un de mes petits patients comateux (méningo-encéphalite infectieuse qui n’a répondu à aucun antimicrobien (ni antiviraux, ni antibiotiques, ni anti malariques) ni aux corticoïdes est décédé durant son transfert en pédiatrie. Un de mes petits prématuré est mort dans la nuit.
Heureusement mon petit protégé, lui est toujours là, celui que j’ai déjà réanimé 5 ( ?) – 10 ( ?) fois. Sa maman n’est jamais là, elle ne lui a toujours pas trouvé de nom... j’ai décidé de l’appeler Victor (parce que je lui souhaite de sortir victorieux de son épreuve et de tenir le coup).
Petit Victor, qui ne pèse que 1kg 170 et a probablement 30 semaines, n’a pas arrêté de me poser des problèmes... très instable, il a passé la matinée à faire des bradypnées, apnées, ou bradycardies. Nous l’avons réanimé 3 fois, la troisième fois pendant 2 heures non stop. Tous nos moyens, atropine, adrénaline, glucose 10% pour les risques d’hypoglycémie que nous ne pouvons pas contrôler (il n’y a plus de bandelettes), des antibiotiques pour les risques infectieux, l’hydratation et les apports en calorie, tout y a passé. Il est 2 heures de l’après-midi, Victor est stable, et je suis rentré me poser un moment pour essayer de profiter de mon jour de repos.
J’ai proposé à nos infirmières de lui donner du café noir par la sonde gastrique 3 fois par jour pour une tentative de stimuler ses centres respiratoires avec de la caféine que nous n’avons évidemment pas pour injection intraveineuse, ni de théophylline évidemment...
J’espère que Victor va tenir le coup jusqu’à demain...
Sinon tous mes autres patients des soins sont stables et vont bien. OUF !

Cet après-midi, si je résiste à la chaleur moite et brûlante, je vais me lancer dans des protocoles de soins.

Vous me manquez tellement, Marie, Basile, Grégory et Justine, et aussi Selina...

J’espère avoir enfin une connexion internet à la maison la semaine prochaine.

samedi 12 juin 2010

Les ONG mal perçues

Des millions de dollards ont été promis par la communauté internationale pour la reconstruction de Haïti.
Mais la corruption locale est telle que pour l'instant ce sont surtout les ONG qui reçoivent des dons.
Les haïtiens ne voient rien venir et rien n'a encore été fait pour tenter de reconstruire quelque chose.
On lit dans la presse locale les "méfaits" de la présence des ONG qui volent le travail des haïtiens et qui "récupèrent" tout l'argent des dons internationaux...
Des manifestations ont lieu tous les jours pour ce motif...
Cela ne va pas nous simplifier la tâche...

Ma vie « civile » de tous les jours :

Nous habitons dans un luxe honteux par rapport aux Haïtiens, mais c’est proche de la précarité et l’insalubrité selon les standards européens.
Douche froide tous les jours (il n’y a pas d’eau chaude).
L’eau est acheminée par camions citernes, est non potable et est chlorée pour la rendre non toxique.
Pour boire nous avons des gros bidons avec une eau tiède au gout horrible de plastic.
La nourriture est assez bonne.
Le plus pénible, c’est la promiscuité : pas une minute d’intimité, nous habitons à 10 dans la maison et partageons 2 douches et 2 WC, nous mangeons ensembles, nous partons ensembles et rentrons ensembles.
La météo est impitoyable: 35 à 40 degré tous les jours avec un taux d’humidité de 60% ou plus, ce qui nous fait un ressenti de 47 degrés selon les sites météo.
Les moustiques sont harcelants et il y en a deux sortes: ceux qui piquent le soir et à l'aube et qui nous transmettent la malaria (P Falciparum), et les moustiques mordeurs qui piquent le jour et transmettent la Dengue... un vrai bonheur...
Les poules et les coqs haïtiens sont complètement fous et déréglés, ils se mettent à hurler dès 2 heures du matin...
La pollution est étouffante, il n’y a pas de vent, et les haïtiens n’ayant plus de service de voirie, mettent le feu aux montagnes d’ordure dans les rues, ce qui dégage d’énormes nuages de fumée noire et âcre.
Le mondial de foot passionne les haïtiens qui ne soutiennent pas du tout leur équipe. Par contre il y a deux "clans" qui commencent à s'affronter: les pro Argentine et les pro Brésil....
Je n'ai pas besoin de télé ni de radio, il sufit d'entendre les hurlements (et les coups de feu) pour comprendre ce qui se passe...

Sécurité toujours :

L’être humain semble fait pour s’adapter à tout. Le taux de violence et de petite criminalité est en augmentation, nous entendons des tirs autour de l’hôpital de jour comme de nuit, nos opérateurs radio sont sur le qui-vive pour diriger nos convois sur des trajets différents tous les jours et à des heures différentes, chaque fois, nous entendons toute la journée des appels radio avec des questions sur la situation dans telle ou telle partie de la ville où brutalement toute activité et déplacements doivent être interrompus pour des raisons de sécurité. Et même moi qui étais très stressé la semaine passée, je deviens indifférent. J’en ai parlé avec les responsables de la sécurité, il parait que c’est une réaction normale mais qui nécessite de redoubler d’attention car cet état d’indifférence nous rend moins attentifs et c’est dangereux...Je commence à avoir en tête les diverses procédures en cas de braquage, d’enlèvement, et je commence à me repérer dans le chaos de cette ville en ruine.
La ville est séparée en zones de sécurité, vertes pour les zones calmes, jaunes pour les zones à risque, rouge et noire pour les zones à circulation interdite... nous habitons en zone rouge et nous travaillons en zone noire... nous sommes la seule ONG à nous occuper du bidonville de Cité Soleil. Les soldats de la Minustah sont partout, armés jusqu’aux dents, roulant à toute allure en jeep, ou en voitures blindées, et de nombreux tank sillonnent les rues.
Les Haïtiens qui travaillent avec nous à Choscal refusent de venir par leur propres moyens car ils ont peur, et c’est MSF qui organise des convois pour les conduire à l’hôpital et les ramener en convoi chez eux.

9 au 12 juin 2010 (projet médical)

Nous sommes déjà samedi, et je rentre d’une journée de 24 heures avec garde de nuit.

Notre population de patients est vraiment dans un état de précarité sévère. Il y a un grand nombre de malnutritions, qui sont faméliques et qui ressemblent aux rescapés des camps d’Auschwitz. Ils ont en général des infections sévères. Tous les patients ont l’air tellement plus vieux que leur âge biologique : une femme de 25 ans a l’air d’en avoir 40 ou même parfois 60 ans. C’est terriblement triste à voir.
Les pathologies les plus fréquentes sont le paludisme, les diarrhées, la typhoïde, les pneumonies, la tuberculose, l’anémie, et les fièvres d’origine indéterminées. Nous avons probablement des cas de Dengue.
Les jours se succèdent, tous avec leurs lots de souffrance et notre tentative de soigner ou d’aider de notre mieux, mais c’est vraiment difficile...
Nous avons un service d’obstétrique très actif et un nombre incroyablement élevé de naissances (en moyenne 15 par 24 heures). Etant donné que ces mamans n’ont aucun suivi médical, le nombre de grossesses pathologiques atteint un généreux 50%-60%, avec comme conséquences directes pour moi, un nombre impressionnant de prématurité, de césariennes urgentes, d’éclampsies. Chaque jour je dois prendre en charge des anesthésies urgentes pour 2 à 3 césariennes, et comme nous n’avons pas de pédiatre, je dois assumer en même temps la réanimation néonatale, qui se solde chaque fois avec une réanimation complète étant donné le délai entre le diagnostic de souffrance fœtale, la décision de césariser et la naissance de l’enfant. Grâce à Dieu, tous ces petits sont vivants, mais j’ai eu très chaud... Aux Soins Intensifs dont je suis le médecin responsable je dois gérer 3 prématurés de probablement 28 semaines, le plus petit ne pèse que 980 grammes. Hier ce petit a fait 2 arrêts cardio-respiratoires, et heureusement que j’étais disponible pour la réanimation (c’est à dire que je n’étais pas en salle d’opération). Ce matin, il va bien. Mon gros soucis c’est que nous n’avons plus de quoi surveiller les glycémies ... et pas de respirateur, heureusement le saturomètre nous aide pour constater que ces petits prématurés s’en sortent assez bien malgré nos moyens plus que rudimentaires (proches du néolithique supérieur).
Nos blessés par balles sont toujours vivants, pas du tout collaborants dans les soins, mais sacrément costauds pour supporter leurs blessures aussi bien.
Chaque jour nous avons environ deux décès, et parmi ces patients, il y a presque tous les jours un enfant qui meurt, c’est très difficile. Notre jeune patiente de 18 ans a succombé à sa typhoïde perforée, un de nos patients tuberculeux est décédé aussi.
Hier soir j’ai été appelé aux urgences pour tenter de réanimer une fillette de 2 ans en arrêt cardio-respiratoire, mais nous n’avons rien pu faire.
« Mes » soins intensifs commencent à s’organiser, et du coup, tout le monde envoie ses patients « critiques » dans mon service, il va falloir que je mette rapidement des règles en place.
Les chirurgiens locaux sont très difficile à contrôler, ils essaient dans l’indifférence générale de « placer » leurs cas avant les urgences, et depuis qu’ils ont compris que je suis le responsable du programme opératoire, ils me court-circuitent... hier ces crapules ont opéré deux ligatures de trompes alors qu’un enfant de 12 mois attendait depuis le matin qu’on l’opère d’un gros abcès de la cuisse, et une mère attendait aussi depuis le matin une césarienne en urgence pour extraire un bébé mort in utéro...
J’ai deux patients pédiatriques comateux qui n’ont répondu à aucun de nos traitement aux ICU et qui vont probablement décéder rapidement, faute de moyens. Leur examen neurologique est tellement inquiétant qu’il n’y a plus d’espoir.
Je commence à m’habituer à toutes mes anesthésies en solo absolu avec parfois une réanimation néo natale en parallèle, mais ce genre de gros stress est assez éprouvant et fatiguant.
Le collègue chirurgien avec qui je travaille est russe, originaire de Moscou. Il s'appelle "Yaroslav". Il a un sang froid impressionnant, et sait à peu près tout faire... il fait même des greffes de peau pour tenter de fermer des plaies ou des brulures.
Sinon, il césarise à tour de bras, fait de l’orthopédie et tous les traumatismes. Adultes, enfants, vieillards, sans distinctions, et le pauvre anesthésiste que je suis doit constamment s’adapter.
Nous avons même démarré un « programme de chirurgie électif » !
Il est difficile pour MSF de collaborer avec l’équipe locale : ils sont totalement indifférents, la loi du moindre effort semble être leur crédo, et surtout il y a un niveau de connaissances médicales qui fait peur, très peur... aucune idée des priorités, aucune idée de beaucoup trop de choses de base... Le travail ne manque pas pour organiser, planifier, préparer des cours pour le personnel, stimuler, encourager...
Les soignants Haïtiens sont très fiers et arrogants, nous regardent de haut et n’acceptent aucune remarque. Par contre ils ne viennent qu’à 9 heure ou 11 heures à l’hôpital, et s’en vont quand cela leur chante vers 16 heures en laissant tout en plan, ce qui signifie que nous autres petits médecins MSF devons venir par derrière et finir le travail pour que les patients ne soient pas abandonnés à leur triste sort.
Nous devons régulièrement réveiller nos infirmières qui dorment sur leur table de travail (même aux soins intensifs)...
Les familles aussi montrent une indifférence inquiétante : nous recommandons à des mamans d’enfants déshydratés de donner à boire la solution adéquate toutes les heures, et elles dorment toute la journée, ce qui fait que soit l’enfant décède , soit nous devons le perfuser, ce qui dans nos conditions de travail est vraiment difficile.
Je vais préparer des protocoles de soins pour mon service de soins intensifs, et revoir les protocoles d’anesthésie locaux, ce sera mon travail pour mon jour de repos demain, après avoir fait ma visite aux Soins Intensifs le matin.
Le travail ne manque pas, les responsabilités sont énormes, et le plus difficile est que chaque médecin est seul, vraiment seul pour assumer toutes ses décisions médicales...

mercredi 9 juin 2010

8 juin 2010

Journée très chaude sur le plan météorologique et professionnel...
Les urgences "normales" se sont succédées sans discontinuer: 3 césariennes en urgence, 1 grossesse extra utérine qui a saigné 1.5 litres dans son ventre, et une péritonite purulente et stercorale (perforations iléo caecales dans un contexte de typhoide avec nécroses intestinales)
Et tout cela dans un contexte techniquement très limité, et sans possibilités de réels soins intensifs en post opératoire...
Ce soir réunion de tout le projet Choscal au bureau...
Je suis sur les rotules, mais le moral tient bon.
Merci au soutien de Selina, Marie, Justine, Basile et Grégory, sans eux je ne pourrais pa faire ce que je fais.

mardi 8 juin 2010

7 Juin 2010

Durant la nuit nous avons eu droit à un orage tropical très bruyant et lumineux (éclairs) ce qui a fait baisser un peu la température, un vrai bonheur.
Le déplacement de  notre convoi a été difficile en raison de l'encombrement des routes, nous avons mis plus d'une heure pour arriver à Choscal.
Depuis ce matin je suis responsable médical des soins intensifs pédiatriques en plus de mon job d'anesthésiste et d'intensiviste pour les adultes: notre pédiatre doit partir prématurément et il n'y a personne pour faire le travail. Quand j'ai tenté d'expliquer que je ne suis pas pédiatre et que de gérer un prématuré de 28 semaine n'était pas vraiment dans mes compétences, on m'a fait comprendre que je n'avais pas le choix puisque personne ne peut faire le job...
A part cela, journée de travail assez calme.
Autour de nous (dans le bidon ville de Cité Soleil), a part des déplacements très importants de soldats de la Minustah armés jusqu'aux dents, mitrailleuse au poing brandie face à tout le monde, rien à signaler.
Par contre nous redoutons une flambée de violence en raison du mondial de foot qui va faire monter fortement la consommation d'alcool et donc la petite criminalité (pour trouver les moyens de se racheter de l'alcool, et en raison de l'augmenation des alcoolisations aigües): blessures à la machette et à l'arme blanche vont donc augmenter...
Nos patients sont relativement stables, sauf nos trois enfants comateux (malaria cérébrales ? encéphalites herpétiques ? méningo-encéphalite ?) qui ont fait de nombreux épisodes de convulsions cet après-midi.
Retour à la base en convoi: nous croisons de très nom breuses unités armées de la Minustah qui patrouillent dans les rues... Dieu seul sait ce qui se prépare...
Ce soir briefing sécurité...
Sinon, le moral tient bon, je suis bien trop occupé à l'hôpital pour penser à autre chose...

dimanche 6 juin 2010

5 juin 2010: Premier jour à Choscal

Arrivée à 7:30, en convoi, de tous les expatriés MSF, le trajet a été sans incidents.
Je suis censé faire la visite des soins intensifs (7 lits) en arrivant, mais le chirurgien vient d’emblée me voir: il y a une césarienne à faire en urgence pour souffrance foetale.
Premier gros rush de la journée. L’enfant a une présentation très défavorable et son front est déjà engagé et palpable par voie vaginale. La césarienne ne se passe pas trop mal, mais en réalité nous découvrons à l’incision qu’il s’agit d’une rupture utérine… Depuis combien de temps l’enfant a-t-il éte en hypoxie ??? l’extraction est très difficile et le chirurgien me demande de repousser la tête de l’enfant en faisant un TV.
A sa sortie l’enfant va très mal, en arrêt respiratoire et hypotone, sévèrement cyanosé et sans un cri, fréquence cardiaque à 100/min. Nous pratiquons une réanimation de l’enfant durant 45 minutes, puis après discussion avec notre pédiatre (occupé ailleurs), nous décidons de nous arrêter. Contre toute attente, ce bébé est toujours vivant, pousse de petits cris et fait même quelques réflexes de succion… La maman va bien.
Droit derrière, le chirurgien revient en courant: un blessé par balles… 27 ans, plaie par balle thoracique gauche (juste à côté du coeur)… avec pneumo-hémothorax, rupture de l’estomac, rupture de la rate et divers dégâts sur les côtes, la balle étant toujours logée dans les muscles para vertébraux lombaires et palpable à travers la peau. Intervention de 4 heures, dans des conditions vraiment très rudimentaires, le patient a perdu plus de 2 litres et demi de sang… heureusement pour lui nous avions des flacons de sang ce jour là… ce n’était pas son heure visiblement. Il discute ce jour tranquillement avec sa famille…
Le reste de la journée a été plus calme avec des visites de patients, des soins de plaie chirugicales, et une visite aux soins intensifs.
Retour cahotique en voiture dans notre maison MSF.
Le soir, mes colocataires ont fait la fête jusqu’à … 2 heures du matin …

Quelques mots sur la sécurité :

Nous travaillons dans un contexte de guerre… pas au sens habituel, mais dans les faits.
La ville de Port-au-Prince est composée de très nombreux quartiers de bidons-ville où s’entassent des centaines de milliers d’habitants parmi les plus pauvres de la planète. Malgré le dénuemement le plus total dans lequel ils vivent, ils sont « martyrisés » par des gangs qui se font la guerre pour augmenter leurs « territoires » d’influence, qui rackettent la population, qui braquent, tuent, volent, violent même les enfants… Cette situation existait avant le tremblement de terre qui n’a fait qu’en remettre une couche supplémentaire.
Actuellement, nous assistons à des combats entre gangs, des combats entre anciens chefs de gangs échappés de prison et nouveaux chefs de gangs.
La MINUSTAH composée principalement de casques bleus sud americains, a la lourde tâche de protéger une population qui leur est hostile, et de « faire le ménage » avec pour objectif louable de débarasser Port au Prince de ces gangs et rétablir l’ordre et la Paix publique. Pour ce faire, la Minustah emploie des moyens militaires (tanks, armes à feu , militaires) et font entre 1 et 5 interventions par jours dans différents quartiers, à l’improviste, pour rattraper des fugitifs.
Notre lieu de travail, l’hôpital de Choscal, se trouve au beau milieu de « Cité Soleil », le bidon ville le plus « chaud » de Port au Prince.
Nous nous trouvons donc dans une zone en guerre où règne une certaine insécurité.
Il existe un risque d’enlèvement (nous avons reçu tout une préparation pour savoir que faire et comment agir au cas où), il existe des risques de braquage, et la police haïtienne est lourdement corrompue et non fiable, voire dangereuse parce que acoquinée avec des chefs de gangs qu’ils protègent…
MSF a un excellent staff de sécurité et les consignes sont trè strictes.
Nous sommes en communication constante par radio, nos déplacements se font toujours en voiture, par convois de plusieurs véhicules, à des heures et sur des trajets décidés à la dernière minute.
Couvre-feu de 21°° à 7°° du matin. Dès la tombée du jour les déplacement sont très limités.
Il y a des zones de la ville qui sont interdites à toute circulation en permanence (zones noires).
MSF travaille dans cet hôpital depuis 2006 et est trè bien perçu et respecté par la population aussi bien que par les gangs, respecté par la MINUSTAH.
L’enceinte de l’hôpital est sûre et depuis 2006 aucune personne armée n’est entrée dans ce bâtiment.
Notre objectif : offrir des soins gratuits de la meilleure qualité possible à toute la population des bidons ville, population pauvre, afaiblie par des années de conflits, la malnutrition, le manque d’hygiène et l’absence totale d’accès aux soins, rester neutre, et soigner toute personne, quelle qu’elle soit : militaire, civile, appartenant ou non à un gang…
Et cela fonctionne.


J’ai ma propre radio, j’ai été formé pour l’utiliser, elle ne me quitte plus, et je dois la garder (discrètement sur moi) allumée lors de tous mes déplacements, avec une batterie chargée de réserve.
Chaque déplacement doit être autorisé, discuté et accordé par un staff sur spécialisé dans la sécurité et qui est informée en temps réel de toute situation dans la ville.
Pour des raisons de sécurité, il m’est interdit de faire des photographies…
Je peux vous assurer que les photographies que je vous ai mises n’ont rien, mais alors rien du tout, à voir avec la réalité. Elles proviennent de ce que l’on peut trouver sur internet.

4 juin 2010: Désespoir ...

note à mes lecteurs:
si je vous raconte tou ces détails, ce n'est pas pour me plaindre mais pour que vous réalisiez les conditions dans lesquelles nous sommes appelés à travailler: nous sommes responsables de nos patients, de la qualité de nos prestations, mais dans ces conditions de stress, il est parfois difficile de focntionner...

Nous sommes logés provisoirement dans une maison qui a tenu le coup au tremblement de terre et aux nombreuses répliques. Lits de fortune avec une moustiquaire suspendue au dessus. A plusieurs par chambres. Nous n’aurons pas droit à une minute d’intimité, sauf aux toilettes et sous la douche.
Nous sommes à nouveau embarqués à bord d’un véhicule MSF pendant 30 minutes pour aboutir dans un bar dancing de luxe, outrageant après tout ce que je viens de voir.
Un groupe de personnes est attablé, buvant des bières et fumant, plaisantant. Ce sont les personnes qui devaient nous accueillir à la base. Alors que nous sommes épuisés et choqués par notre arrivée, ils se font un malin plaisir de multiplier les récits tous plus inquiétants les uns que les autres à propos d’incidents militaires ou de fusillades entre gangs, d’afflux de blessés par balle, d’insécurité... de tirs en ville et autour de l’hôpital. Ils ont l’air désabusés et indifférents. Un des expatriés (ce sont tous les employés MSF qui ne sont pas de Haïti qui sont appelés ainsi) est là avec une (très) jeune femme Haïtienne et me la présente comme sa compagne (« tu comprends, - me dit-il -, je travaille ici depuis le tremblement de terre »...).
N’en pouvant plus de fatigue, je leur suggère de nous ramener à la base que nous puissions manger et nous poser, mais nous ne partirons qu’à 21:00 locale, soit pour nous 3 heures du matin...parceque le couvre-feu est à 21 heures et qu’on a bien le droit de rester dehors jusqu’à 21 heures...
Finalement, nous pourrons enfin prendre une douche (de l’eau froide qui sort d’un tuyau directement du mur), manger et nous coucher. Le bruit ambiant n’a pas cessé, les moustiques nous harcellent, il fait toujours une chaleur étouffante et humide, avec toujours cette odeur qui me prend à la gorge, ...et je suis dans un tel état de stress que je ne parviens pas à dormir...
Je passe la nuit dans l’angoisse et le désespoir, le découragement aussi : il est juste impossible de faire quoi que ce soit face à un tel désasre humanitaire, et surtout, ma sécurité semble sérieusement mise en jeu, j’ai le sentiment que je risque ma vie, à tout moment.
A trois heures du matin plusieurs coups de feu retentissent dans les rues voisines.
Pourquoi me suis-je engagé là-dedans... c’est décidé, demain je demande mon rapatriement en Suisse. Pour raisons psychologiques... même si cela me fait terriblement honte.
Pluie de sms et de coups de téléphones avec Selina qui me calme et me rassure, me raisonne, avec une douceur et une patience d’ange, à une distance de 7'000 km...avec un décalage horaire de 7 heures… Comment fait-elle pour avoir autant confiance en moi et pour ne pas m’envoyer ballader avec mes idées loufoques et mes questionnements constants... Tu es une Sainte de me supporter ainsi... Merci pour ton aide précieuse !
La journée du 4 juin se passera en attentes, briefing sécurité à toutes les sauces, juste ce qu’il faut pour que la pression et le stress continuent à monter…
Le 4 juin après-midi, visite de l’Hôpital de Choscal.
Dans un état de tension assez palpable, notre cheffe de mission décide de nous embarquer à l’hôpital Choscal : ce qui nécessite une longue série d’appels radio pour planifier les véhicules et la route à suivre pour s’y rendre (nous circulons toujours en voiture, jamais à pied, toujours en convoi de plusieurs véhicules, et toujours en contact radio permanent).
Au moment de partir, tout est bloqué : des manifestations ont lieu sur les principaux axes de la ville et il risque d’y avoir des échanges de coups de feu entre les casques bleus de l’ ONU (MINUSTAH) et les gangs ou la population.
Finalement, 10 minutes plus tard, nous partons rapidement entre deux interventions militaires de la MINUSTAH…
Je vous laisse imaginer dans quel état de relaxation j’ai fait le trajet de 1 heure…
Nous traversons en continu des « rues » bordées de part et d’autre de ruines, d’ordures, de déjections, avec une foule de femmes, enfants et adultes qui errent, des vendeurs de tout et n’importe quoi, quelques personnes qui martellent des ferailles récupérées sur les maisons écroulées et qui seront probablement vendues pour quelques sous. Au milieu de ce cahos, des chiens, des cochons, de poules, et un bruit continu, assourdissant. Et toujours cette odeur étouffante et cette chaleur écrasante. Tout n’est que désolation, destruction, pollution, saleté, désespoir.


Brutalement les véhicules s’arrêtent : nous sommes arrivés sur notre lieu de travail, en plein milieu du gigantesque bidon-ville qui « abrite » 200'000 à 300'000 habitants.
Un très vieux bâtiment en béton délabré, entouré d’une « cour » dans laquelle sont parqués des générateurs d’électricité qui tournent à plein rendement et qui dégagent une fumée âcre de diesel et une chaleur brûlante qui se surajoute à la chaleur ambiante, des véhicules MSF et des véhicules délabrés, un drapeau MSF qui flotte dans l’air vibrant de chaleur et la poussière, et au milieu de tout cela, une foule de patients, femmes, enfants, adultes, vieillards, des femmes en plein travail d’accouchement qui se tiennent aux murs courbées par la douleur et hurlant à la mort à chaque contraction, des enfants qui pleurent en hurlant, d’autres qui sont tellement faibles et malades qu’on les croirait sur le point de mourir, des tentes dans lesquelles sont alignés des malades sur des lits de fortune, et le va-et-vient des visiteurs, des soignants. Tout le monde nous regarde passer avec nos T-Shirt MSF : « Bienvenue à Choscal » sont les paroles continuelles que nous entendons avec de grands sourires. Nous défilons dans les différents services, pédiatrie, gynécologie, chirurgie, médecine interne, « radiologie », « laboratoire », …Tout est délabré, sale, le matériel qui fonctionne encore (probablement un faible 30%) doit probablement dater de la première guerre mondiale (généreuses donations du monde occidental consumériste).
Au milieu de tout cela, des soignants fiers et souriants, nous montrent leur travail avec satisfaction. Le contact avec les patients sont durs, froids, sans étatd’âme et brefs. Alors que, notamment pour les enfants, j’aurais eu envie de les prendre dans mes bras et de les consoler, j’aurais voulu serrer des mains, écouter des patients …
Débit de patients : 100 par jour. Moyens à disposition : hôpital de 100 lits, moyens logistiques inexistants et de fortune, 3 médecins, 15 infirmiers, des « brancardiers », pour 5 services, horaires de travail : 7°° - 17°° pour raisons de couvre feu. La nuit il y a un « médical » (médecin ou infirmier) et un « non medical » pour la sécurité.


« Alors, ton impression ? » C’est la question qui m’a été posée après cette visite étourdissante de 2heures.

En rentrant à la base, notre logement définitif nous a été attribué.

3 juin 2010: Plongée en enfer !

Pardon d’emblée à mes lecteurs... je vais vous transmettre les choses telles que je les ai ressenties et vécues. Cela n’engage que moi.

Vol Air France 3958 Pointe à Pitre (Guadeloupe) – Port au Prince (Haiti). Nous sommes en phase d’approche avant l’atterissage. Nous sommes épuisés par presque 24 heures de trajet. Mon collègue Javid, médecin urgentiste, qui va travailler sur le même projet que moi pour MSF Belgique, citoyen anglais, iranien par sa mère et soudanais par son père, très sympathique.
Il me fait signe et me montre du doigt le hublot. Nous survolons la ville de 2 millions et demi d’habitants, pendant environ 5 minutes. Tout ce que je vois n’est que champs de ruines et des gigantesques camps de tentes blanches ou bleues (plusieurs milliers de tentes par camps) avec un drapeau de la Croix Rouge ou de l’ONU.
Il est 17°° heure locale, mais pour nous il est 2°° du matin. Nous avonzs fait plus que 2 fois le tour du cadrant dans des avions, des trains, des aéroports, des navettes qui ne venaient pas, des taxis... un peu harassés de fatigue et de tensions, d’appréhension aussi.

Sortie de l’avion sur le tarmac (l’aéroport est là devant nous mais effondré et en ruines). Il fait une chaleur étouffante (35°) dont le ressenti est très pénible en raison de l’humidité. Nos chemises sont mouillées de transpiration. Les douaniers nous attendent sous une bâche en plastic blanc devant des tables en bois. Spectacle dérisoire de tentative de maintien d’un contrôle bureaucratique dans un pays en ruine. Nous devons tout de même remplir des fiches d’immigration, mais il n’y en a pas assez pour tous les passagers ! Il y a quelques étrangers (européens, tous des humanitaires), et principalement des haïtiens qui rentrent au pays (le tremblement a déclenché un exode massif de plusieurs milliers d’haïtiens à l’étranger, principalement les USA, Miali Floride).

A la sortie de l’aéroport, plusieurs chauffeurs attendent avec des pancartes : MSF, Médecins du Monde Canada, Save the Children, ONU, Water... que des humanitaires.

Nos chauffeurs MSF semblent très tendus, nous identifient à peine et nous « embarquent » rapidement sur le « parking (que je nommerais plutôt « terrain vague défoncé ») de l’aéroport. C’est à ce moment que je comprends pourquoi tout le monde semble stressé : des hordes d’enfants, et d'adultes nous harcèlent pour obtenir de l’argent ou à manger, et deviennent rapidement menaçants parceque nous n’avons pas le droit de nous arrêter (consignes de sécurité). Une voiture militaire de l’ONU casques bleus (la troupe s’appelle « MINUSTAH », c’est à dire mission internationale des nations unies pour la stabilisation en Haïti) nous attend et nous escorte : démarrage en trombe, partout dans la rue, des soldats armés sont parqués armes au point, tanks postés aux carrefours. Nous roulons beaucoup trop vite compte tenu de ce qui devrait être appelé des routes mais qui sont en réalité totalement défoncées.

Et là... c’est la descente aux enfers... partout, des milliers de personnes parfois à moitiés nues, errent dans les rues, le visage dévasté par la tristesse, l’épuisement, au milieu des ruines, des tas de gravats, des immondices, partout des maisons à moitié écroulées ou complètement effondrées, et surtout, surtout, une odeur pestilentielle nous prend à la gorge et au narines, nous brûle, c’est suffocant, je suis au bord de la nausée. C’est un mélange d’odeurs d’ordures, de cadavres en décomposition et de moisissures. Il y a un bruit assourdissant partout, des radios qui hurlent à tue-tête, des gens qui hurlent, des cris, des bagarres, des chiens qui aboient, des cochons qui trainent dans les ordures, des poules qui caquettent et des coqs qui crient pour annoncer une aube qui a déjà commencé depuis 17 heures. Mais il fait sombre, il n’y a pas un souffle d’air et le ciel est couvert d’une épaisse couche de nuages noirs. Temps très orageux, quelques éclairs et un tonnerre qui gronde. Cela ne fait que rajouter à la tension ambiante trop palpable. Le trajet dure presque une heure pour rejoindre une première base MSF. J’ai la gorge serrée, le coeur qui bat à tout rompre... : jamais je ne pourrai supporter tout cela durant tout un mois...

Quand nous arrivons à la base dans l’indifférence, il n’y a personne pour nous accueillir ni même nous informer, tous sont partis prendre un apéritif dans un des rares bistrot « chic » de Port au Prince qui ne s’est pas écroulé...

Dans quoi me suis-je donc engagé ? Si l’enfer existe, c’est sûr il est ici, je suis plongé en plein dedans... Pour ceux qui connaissent le Seigneur des Anneaux, cela pourrait être comparé à un gigantesque camp de prisonniers dans le mordor... Rien à voir, mais alors rien du tout avec ce que nous avons pu voir dans les medias en janvier 2010...

mercredi 2 juin 2010

Choscal, Port au Prince

Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir la cour de l'hôpital de Choscal, dans la banlieue de "Cité soleil". C'est dans cet hôpital que je vais travailler.
C'est le seul accès à des soins de santé pour un des bidon-ville le plus pauvre (et le plus "chaud", d'où toutes nos strictes consignes de sécurité) de Port au Prince.
Ce centre de soins draine une population de 300'000 habitants entassés dans des conditions de vie, d'hygiène et de santé inimaginables et inhumaines.
Lors du tremblement de terre de janvier 2010, MSF a eu une réponse immédiate contrairement au gouvernement dont toute l'infrastructure a été durement touchée.
Cette photo a été prise 2 ou 3 jours après le tremblement de terre: des tentes - hôpital ont été dressées dans la cour.
Une tente pour les cas de médecine interne, une tente pour la pédiatrie, une tente pour la gynécologie, une tente pour les urgences et une tente pour le tri.

départ différé

Nous avons encore des séances de briefing ce jour.
MSF insiste beaucoup sur la sécurité. Nous aurons des protocoles stricts à respecter à la lettre, et un système de communication permanent, aucun déplacement seul, jamais à pied, ...
Nous avons reçu une excellente information sur la gestion du stress.
Départ prévu demain à 5:45, train jusqu'à Paris, aéroport Charles de Gaules, transfert en navette sur Orly, avion Air France de Orly à Pointe à Pitre (Guadeloupe française), puis Port au Prince.
L'arrivée prévue est le 3 juin à 18:00 locale soit à 23:00 genevoise.
Nouveau briefing prévu le 4 juin sur place.
Nous ne serons opérationnels que le 4 juin.
C'est réellement un autre monde que je découvre.
Je suis parti pour donner un peu de mon temps, de mon savoir et de mon expérience, mais surtout de mon amour à des populations dans la détresse, la misère et le dénuement absolu, et je me retrouve comme un petit débutant, à apprendre comment donner sans me détruire, tant la confrontation risque d'être rude.
Sacré leçon de vie ! Objectif n°1: rester le plus modeste possible!

mardi 1 juin 2010

Arrivé à Bruxelles

Ce matin, lever à l'aube. Selina m'a conduit à l'aéroport, quel bonheur !
Par contre, moi qui n'aime pas les adieux... je ne faisais pas le fier dans l'avion (allergies oculaires).
Je ne pensais pas qu'il serait si difficile de laisser pour un long mois Selina, Grégory, Basile, Marie et Justine...

Me voici au siège MSF Belgique dans la banlieue de Bruxelles pour différents briefings sur ma mission.

Le grand départ est prévu pour demain.

lundi 31 mai 2010

H moins 10

Voilà... mes valises sont prêtes. Dans 10 heures, mon avion décolle pour Bruxelles pour un briefing avant le grand départ...
Je sens que Grégory, Basile, Marie, Justine et Selina vont sacrément me manquer...
J'ai pris plein de photos de vous :-)

Diagnostic Bio-Social et Sanitaire

La population haïtienne fait face à un gap chronique de services sociaux, notamment santé, éducation, eau potable et assainissement.
L’incapacité de gestion des ressources humaines, le dysfonctionnement des structures sanitaires gérées par l’état, la faible disponibilité de médicaments et matériel, et les soins payants, représentent tous des facteurs qui rendent les soins de santé inaccessibles à la majorité de la population. Le cas de l’Hôpital Universitaire de l’État Haïtien (HUEH) – le plus important hôpital du pays – est emblématique : le personnel est souvent en grève, médicaments et matériel médical sont rarement disponibles, les patients doivent payer le dossier, la consultation, aller acheter les médicaments et ne bénéficient pas non plus d'une prise en charge correcte. Les seules  structures qui offrent des soins de qualité sont privées mais les coûts sont prohibitifs pour la grande majorité des Haïtiens. En milieu rural, le manque de structures ne fait qu’aggraver encore plus la situation. Selon le rapport sur les conditions de vie en Haïti de la Banque Mondiale [2001], seulement 28% de la population aurait accès à la santé et seulement 30% des institutions de santé sont publiques. Encore, un rapport de le MSPP de 2009 indique que plus de 80% des individus ayant fréquenté un établissement de santé en milieu rural prennent plus de trente minutes pour s’y rendre, et 23% d’entre eux ont besoin de plus de deux heures pour le faire.
Selon la dernière enquête EMMUS IV (Enquête Mortalité Morbidité et Utilisation des Services) de 2005-2006, le taux de mortalité maternelle est de 630 décès pour 100.000 naissances vivantes (la valeur la plus haute dans les Amériques) alors que ce taux était estimé à 523 par l'enquête précédente menée en 2000 ; la valeur représente 5 fois la moyenne de l’Amérique Latine. Toujours selon EMMUS IV, 60% des femmes sont assistées durant leur accouchement mais seulement 15% bénéficient de la présence de personnel médical qualifié [DSNCRP 2006-2008]. Aujourd'hui en Haïti, une femme court un risque de 1 sur 38 de décéder par cause maternelle pendant l’âge de procréation.
En ce qui concerne la santé des enfants, la mortalité des moins de 5 ans est de 80 sur 1.000 naissances  ; 32 décèdent avant d’arriver à la fin du premier mois et 28 avant d'atteindre leur premier anniversaire (la mortalité infantile est presque le double de la moyenne de la zone Caraïbes, 32) [UNICEF, 2007]. Les premières causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans restent la malnutrition, la diarrhée et la gastroentérite infectieuses et les IRA, qui représentent 55% des décès documentés sur cette tranche d'âge. La couverture vaccinale reste insuffisante ; seulement 41% des enfants entre 12 et 23 mois sont complètement vaccinés et 11% ne reçoivent aucune vaccination [EMMUS IV]. Encore une fois, les enfants en milieu rural sont ceux qui représentent les pires statistiques.
Différentes données sont disponibles sur le VIH/SIDA, dont le taux de prévalence est estimé à 2% par UNICEF et EMMUS IV et à 5% par une étude privée publiée en 2004 [HIV/AIDS : A Literature Review], qui définit les données officielles comme peu représentatives. MSPP et OMS-OPS confirment le SIDA comme la première cause de décès dans le pays, représentant plus de 20% du total de morts en Haïti. Alors qu’il est considéré comme un problème de sécurité nationale par les Etats-Unis, des fonds destinées au SIDA ont été libérés pour le déroulement de projets lors de ces dernières années. Mais l’instabilité sociopolitique, la pauvreté, les limitations dans l’accès aux soins et l’information en matière de santé, la stigmatisation des personnes ayant le SIDA dans leurs propres familles, l’existence de normes sociales promouvant les relations sexuelles avec différent partenaires, et encore les mécanismes très peu développés de contrôle et traitements des IST, obligent à maintenir un niveau d’alerte sur ce problème, surtout si les fonds nord-américains sont réadressés vers d’autres priorités.
La sécurité alimentaire représente un autre problème dans l’île : le secteur agricole, dévasté par les politiques néolibérales des années 70 et 80, outre les cyclones et inondations, n’arrive aujourd’hui à satisfaire que 42% de la demande interne [Famine Early Warning System Net, 2009]. Plus de la moitié de la consommation interne est importée (52%), ce qui expose le pays aux fluctuations de prix internationaux et aux politiques étrangères. Croissance économique limitée et haut taux de chômage rendent difficile l’accès aux aliments, mais aussi la technologie anachronique, la carence d’infrastructures et de moyens de transport, la déforestation et l’érosion du sol, excluent la possibilité d’une solution à court-moyen terme. La tendance de la prévalence de la malnutrition chronique - ou retard de la croissance - montre une détérioration de l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans ;  de 32% en 1995 elle est passée à 23% en 2000, et encore 24% en 2005, dont un tiers sont sous une forme sévère. Cette figure - 24% - est deux fois plus haute que la prévalence de malnutrition chronique dans la région d’Amérique Latine et le Caribe (11,8% en 2005).  À 18-23 mois, l’âge à partir duquel le retard de croissance est difficilement rattrapable, 37% des enfants étaient trop petits pour leur âge. Selon l’enquête la plus récente de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition chronique varie de 18% à Port-au-Prince à 32% dans les départements de Grande-Anse et Centre, au-dessus du seuil international (30%) qui indique un problème de santé publique modéré. La malnutrition aiguë présente la même tendance, et la prévalence est passée de 8% en 1995, à 5% en 2000 et à 9% en 2005. Selon l’enquête de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition aigüe est égal ou de moins de 5% dans tous les départements sauf dans le Grande Anse et au Nord Ouest, avec une prévalence de 5.7% et 6.2% respectivement - le seuil international qui indique un problème de sante publique est 5%. Les enfants du milieu rural et les enfants de mère sans instruction sont les principales victimes de malnutrition.
La situation sanitaire et alimentaire, déjà pénible en soi, est encore aggravée par une couverture limitée des besoins en eau potable de la population. Une étude gouvernementale de novembre 2007 estime à 54% le taux de couverture à Port-au-Prince et 46% ailleurs [DSNCRP] ; cependant le système d’eau potable mis en place dans les années 80 se dégradent faute d’entretien et à cause des destructions et contaminations liées aux catastrophes naturelles.
La progressive concentration de la population dans des bidonvilles surpeuplés de Port-au-Prince - Cité Soleil ou Martissant étant les meilleurs exemples - avec un taux de chômage très élevé, représente aussi un défi humanitaire. Obligée de survivre de quelque manière, sans accès au marché du travail, se confrontant aux prix élevés des produits alimentaires et à des conditions de vie inhumaines, la population ne trouve d’autre solution que de vivre de l'économie informelle ou bien de la criminalité. Kidnappings, assauts, braquages, sont devenus de plus en plus fréquents lors de ces dernières années, arrivant à toucher même les quartiers résidentiels qui historiquement étaient à la marge de ce phénomène. La violence d’origine politique des années 90 et début de ce siècle a laissé place à une violence plutôt criminelle ou de banditisme. En Haïti, marginalisation et frustrations sociales, ainsi que manipulation des masses, peuvent aboutir à n’importe quel moment à des manifestations massives aux conséquences humanitaires relevantes.
La classe politique corrompue et extrêmement faible démontre peu d’intérêts à changer les choses, et il est difficile d’envisager une sortie de l’impasse. Toute décision cruciale passe à travers l’approbation de l’oligarchie locale et des donateurs internationaux. Les investissement sont définis sur base des agendas des acteurs décisionnels et non selon les besoins réels de la population ; santé et éducation sont à la marge des programmes à moyen terme du gouvernement, et les ingérences externes à ce niveau (lobby ou acteurs externe au système) semblent représenter le seul espoir.

Diagnostic Socio-économique et Socio-politique

L'instabilité politique qui a affecté le pays depuis toujours, mais aussi les désastres naturels qui le frappent régulièrement (cyclones et inondations), font  d’Haïti un pays au bord du développement. Avec 76% de la population vivant en dessous de la ligne de pauvreté et 56% en dessous de la ligne de pauvreté extrême, Haïti est aujourd’hui le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental ; les 2% les plus riches du pays touchent 26% du revenu global alors qu’environ 2 millions de personnes - 21% de la population totale - vivent en situation d’insécurité alimentaire. L’indice de risque de catastrophes naturelles est parmi le plus élevé au monde [PNUD, 2004] ; la répétition des impacts et la dégradation de l’environnement font que même un événement naturel qui n’est pas majeur peut causer des dégâts importants.
L’éducation est presque entièrement assurée par des acteurs non étatiques - souvent pas reconnus - et privés. Le taux d’analphabétisme approche les 39%.
Le pays présente une croissance démographique annuelle de 2,4% (2009). L'espérance de vie à la naissance est de 61,3 ans ; cette valeur, qui a chuté de 3 ans au cours des 5 dernières années, représente le minimum parmi les pays des Amériques. Le taux de fertilité est de 3,5%, parmi les plus élevés dans les Amériques selon les rapports de l’OMS-OPS de 2008. La structure de la population est principalement jeune, avec 46% de moins de 18 ans et 3,9% plus de 65 ans. D’une part poussée par le manque d’investissements et de développements du gouvernement dans les zones rurales, de l’autre attirée par la possibilité de trouver plus facilement un travail - ce qui reste de fait un mirage – la population continue à migrer vers les villes ; chaque année 75.000 personnes abandonnent la zone rurale pour alimenter les bidonvilles de la capitale, où déjà vivent 25% de la population totale du pays, dans des conditions très pénibles.
Les difficultés pour trouver du travail persistent : le taux de chômage est estimé à environ 30%, principalement en capitale et parmi les jeunes entre 15 et 24 ans. Plus de la moitié des travailleurs sont occupés dans le secteur agricole, dont l’apport au PIB est très limité (25%). 85% de la force de travail qualifiée d’origine haïtienne vit à l’étranger (principalement Etats-Unis et Canada), où elle a été forcée de se réfugier vis-à-vis des difficiles conditions de vie dans le pays. Beaucoup d'Haïtiens qui n’ont pas les moyens de prendre la route maritime vers les pays du nord, partent travailler dans les champs de canne à sucre en République Dominicaine, où ils sont soumis à un régime de travail esclavagiste et vivent dans des conditions misérables sans accès aux soins.
Les transferts financiers de la diaspora (1,8 milliards de dollars en 2008) représentent 35% du Produit Intérieur Brut et le double du budget national. 1,1 millions d’Haïtiens dépendent de ces transferts pour couvrir leurs dépenses basiques. Jusqu’à aujourd’hui, malgré la récente crise financière, le montant des transferts a continué à monter, mais il reste toujours un élément lié à des variables conjoncturelles.
À peine 40% du budget 2009-2010 de Haïti provient des recettes de l’État, alors que tout le reste arrive des dons et prêts de l’extérieur. La proportion des ces derniers, en particulier, continue de changer : si il y a trois ans les dons représentaient 42% du budget national et les emprunts 23%, aujourd’hui les premiers s’élèvent à 47% et les seconds descendent à 12%. Le récent allégement de la dette haïtienne de 1,2 milliards de dollars, acclamé par le gouvernement comme un succès, ne fait que confirmer la totale faillite de l’État en termes économiques. 

vendredi 28 mai 2010

Contexte actuel






Après le tremblement de terre du 12 janvier, plus de 4000 prisonniers ont pu s’échapper des prisons. Parmi ceux-ci, de nombreux ancien soldats ou des chefs de gangs à Cité Soleil. Ces évadés ne parviennent pas à s’imposer à la population comme dans les années 2005-2007 : plusieurs sont trahi, certains sont tué par la population, la majorité se cache à la campagne ou à Cité Soleil. En plus, une nouvelle génération de gangs, en absence des « anciens », a pris l’espace disponible, ce qui a créé certains tensions, frustrations. Ceci, ajouté à un manque de leadership chez ceux qui réclament le pouvoir ou le contrôle (manque de moyens/charisme/support externe?), fait que le niveau de « contrôle» dans une grande partie des quartiers est floue ou quasiment absent.

Par conséquence, avec des gangs moins organisé et avec une recherche des évadés et criminels active par le PNH et le Minustah (avec support d’un « hotline »), le taux de violence entre les gangs ou entre les gangs et le Minustah reste très bas. La criminalité concerne surtout le contrôle de certains territoires en vue de faire prospérer certains business comme le racket, le détournement d’aide humanitaire, etc. Ainsi, il existe une violence à caractère principalement économique, et peu ou pas politique. En d’autres termes il s’agit plus de délinquance que d’autre chose.  

Néanmoins, Cité Soleil reste un endroit volatile où un suivi actif des dynamiques des gangs est crucial pour une bonne gestion/anticipation sécuritaire. Avec la présence de la PNH au sein du quartier et leur recherche active des évadés (supporté par le Minustah), la perception de MSF comme acteur médical impartial et neutre dans la population, la PNH et les gangs est un conditio sine qua non pour la sécurité des équipes.

Conditions de vie:

Un couvre-feu oblige les expatriés à entrer et sortir de Cité Soleil en convoi et à des heures bien précises :

En dehors des heures de travail, les mouvements sont limités mais de nouveaux possibles jusqu’à 23H00

Maisons détruites

Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines

Cité Soleil, le bidon-ville maudit

Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.

Haïti juin 2010

Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.