Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Commentaires

Pour ceux qui prennent connaissance de mon blog maintenant, je vous recommande de le lire dans l'ordre chronologique, c'est à dire de commencer par les messages publiés à la fin du mois de mai.

Hôpital Choscal Cité-Soleil

Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.

samedi 26 juin 2010

Photos

Je vais tenter de vous livrer des photos que j'ai pu faire.
Ce sont des photos "volées" à la sauvette depuis les voitures MSF durant les transports en convois.
Nous ne sommes pas censés faire des photos, cela fâche les Haïtiens qui se sentent blessés dans leur fierté, et je les comprends.
Mais un témoignage visuel est aussi nécessaire pour tenter de comprendre.
Il y a des photos prises dans la ville, il y a des photos de l'hôpital, il y a des photos médicales.
Je vais essayer de les grouper en albums.
La photo que vous voyez sur la droite est celle d'un des camps proches de l'hôpital de Choscal.
Difficile d'imaginer vivre dans ces conditions depuis le 12 janvier 2010 (plus de 5 mois) quand on sait l'insécurité qui règne dans la ville... sans parler de l'absence d'intimité et du manque total d'hygiène...

vendredi 25 juin 2010

MSF - réflexions sur ma mission

La fin de ma mission est là...
Je suis entrain de clôturer les derniers rapports de mission, les statistiques d'activité, les protocoles cliniques,...
Et je suis reconnaissant, très reconnaissant à MSF de m'avoir permis une expérience aussi spectaculairement enrichissante:
seul, devant l'ampleur inimaginable de ce désastre humanitaire dans lequel se trouve la population entière de Port au Prince (et de tout Haïti), je n'aurais rien pu faire, rien du tout...
MSF a une expérience extrêmement forte pour agir efficacement et venir au secours des populations les plus vulnérables et défavorisées de la planète.
L'action est très bien, mais vraiment très bien organisée, planifiée, structurée:
 - il y a d'abord l'analyse minutieuse et extrêmement précise de la situation et donc des besoins
 - ensuite il y a la volonté de rester neutre et impartial sur le plan politique, religieux, ethique, la volonté de rester avant tout des médecins au service de ceux qui en ont tant besoin, et d'offrir gratuitement ces soins
 - ensuite MSF apporte un soutien financier direct, logistique, et de sécurité
 - vous avez pu lire tous les risques dans lesquels nous avons travaillé: eh bien nuit et jour, des équipes se sont relayées pour assurer la sécurité des expatriés sur le terrain: tout a été prévu et envsagé, tout même le pire, et pour cela, je dois dire: chapeau !
- MSF pense aussi au confort des expats et même si nous ne nous sommes pas trouvés dans un hôtel 5 étoiles, nous n'avons manqué de rien: nourris (agréablement), logés, blanchis, ... il y a même des sorties organisées pour le jour de congé de la semaine, c'est à dire le dimanche
 - mais MSF n'en reste pas là, MSF a le soucis de ce qui va se passer une fois que l'ONG va se retirer du projet, donc il y a une volonté farouche d'employer du personnel local, et surtout de former, de partager le savoir, d'encadrer ce personnel local pour que la structure puisse continuer à fonctionner sans nous...

Quelle fiertré d'avoir pu apporter une toute petite goutte d'eau à cet océan de solidarité et d'entraide. L'engagement est très fort et très lourd, mais quelle récompense !
Je suis pétri d'admiration pour tous ces jeunes hommes et femmes (je suis probablement le plus vieux de l'équipe) qui s'engagent pour 3 mois, 6 mois, 1 an
Et engagement n'est pas un vain mot, le travail est soutenu et intense, sur tout les fronts, et dans un contexte de vie particulièrement difficile et stressant.

Merci MSF pour tout ce qu'il est possible de faire grâce à cette ONG.
Et pour ceux qui me lisent, ... n'hésitez pas, soutenez MSF, cela en vaut vraiment la peine, l'argent que vous donnerez sera vraiment utilisé à bon escient.

mercredi 23 juin 2010

Saison des pluies ... et des cyclones

Ce matin, il fait nettement plus frais, le ciel est couvert, une petite pluie continue tombe régulièrement, et surtout, quel bonheur ! les rues sont un peu plus silencieuses...
Un vent assez important s'est levé ce qui rafraîchit agréablement l'atmosphère. L'air est nettement plus respirable.
Mais... tout cela est bien joli à l'abri d'une maison en dur, sous un toit solide... c'est tout autre chose sous tente, ou dans une cabane de fortune faite de vieilles tôles et de morceaux de planches...
Le chauffeur nous a annoncé qu'il y avait une pré alerte cyclone... pourvu que rien n'arrive, je n'imagine même pas le désastre si des vents plus violents devaient se lever... que deviendraient ces milliers de sans abris sous tente ?
Ces jours, l'afflux de malades a un peu diminué en nombre, mais la gravité des situations elle, reste invariable...
Nous avons du provoquer l'avortement d'une jeune future maman à 21 semaine pour tenter d'interrompre une éclampsie sévère qui résistait à toutes nos tentatives de traitement.
Un jeune patient de 20 ans qui se promenait au marché a "reçu" une balle perdue (fusil): la balle a traversé d'une épaule à l'autre, mais a malheureusement passé à travers une vertèbre dorsale et a sectionné la moelle épinière de ce pauvre patient qui se retrouve tétraplégique... le drame est qu'il n'existe absolument aucune structure pour le prendre en charge, pas de fauteuil roulant, rien... nous ne savons juste pas comment organiser sa prise en charge...
Un autre patient environ 18 ans a été renversé par un camion, il a un traumatisme crânien sévère et reste dans un coma profond (GCS 7/15) depuis 3 jours... nous n'avons aucun moyens diagnostics ni thérapeutiques pour lui.
Nous avons deux enfants avec une méningo encéphalite sévère qui ne répondent pas aux traitements.
Fort heureusement, de nombreuses situations se terminent mieux: un grand nombre de patients opérés se balladent dans la cour de l'hôpital et nous offrent leur magnifique sourire et leurs remerciements quand nous passons, donnant spontanément de leurs nouvelles. "merci doc, tu vois, je vais mieux"...

Victoria est née au ciel

Elle avait 4 jours de vie, une sœur jumelle décédée à quelques heures de vie, elle était prématurée, environ 30 semaines, ne pesait que 1kg100. Elle a « tenu » 4 jours assez bravement et depuis ce matin, rien ne va plus, ses tout petits poumons se sont épuisés, incapables d’affronter l’agression des sécrétions et des bactéries qui se sont développées brutalement en quelques heures. Nous nous sommes relayés toute la journée pour la ventiler des heures durant, mais ce soir, épuisée comme elle l’était, sans aucune réserve, elle ne tenait pas plus de 10 secondes sans assistance ventilatoire... Alors j’ai du prendre la terrible décision d’arrêter les soins. En moins de 3 minutes, sa toute petite vie s’est envolée vers des cieux meilleurs et sereins. A elle, au moins, j’ai pu administrer un antidouleur, et j’ai le mince espoir que ses quelques moments de fin de vie ont été paisibles.
Elle n’avait pas encore de nom, et comme elle semblait s’accrocher à la vie, je l’avais appelée Victoria, comme mon petit Victor...
Repose en Paix avec les anges...
Tous les jours, ... tous les jours, la mort côtoie la vie à Choscal...

Logistique hospitalière

MSF fournit tout le matériel, les médicaments, la logistique pour installer, réparer, organiser, et en plus paie une prime à chaque employé qui correspond au doublement de son salaire...
Pour cet hôpital, la consommation est d’environ 10 mètres cubes d’eau (10'000 litres) par jour et MSF a construit des réservoirs d’une capacité de 50 mètres cubes en prévision d’une catastrophe. Je vous rappelle que toute l’eau est acheminée par camion citerne, et qu’elle est traitée et rendue potable par MSF qui a toute une équipe chargée de l’eau.
L’électricité est fournie par des grosses génératrices à essence diesel et quelques panneaux solaires.
Les familles de patients doivent tout apporter : linge, draps, nourriture, etc... MSF fournit aux patients 3 repas par jour (une bouillie de céréales )...
Il y a deux « douches » rudimentaires dans la cour de l’hôpital, juste devant la morgue et tous les patients valides doivent remplir un seau d’eau et faire la queue pour aller se laver...
La nuit, les maman des patients pédiatriques dorment par terre sous le lit de leur enfant. Les familles des patients adultes dorment affalés entre une chaise et le lit du patient.
On entend toute la journée et toute la nuit les hurlements des enfants, et les cris de douleurs des femmes en travail d’accouchement et qui déambulent en criant dans la cour de l’hôpital parfois à quatre pattes par terre ou agrippées à un mur.
Aucune pudeur, aucune intimité, aucune explications données aux patients, ils sont d’une docilité impressionnante. Quand je viens parler à mes patients pour leur expliquer ce qui leur arrive ou ce que je vais leur donner comme traitement ou leur faire subir comme soin, les infirmières haïtiennes rigolent et me prennent pour un illuminé...elles ne comprennent pas cette démarche et trouvent que je perds mon temps et que le patient n’a qu’une chose à faire : obéir aux ordres du docteur. Les patients eux-mêmes sont très impressionnés et restent silencieux, très étonnés par ma démarche.

Administration

A part tout cela, je dois encore tenir les statistiques hebdomadaires de toutes les activités dont je suis responsable. Et nous avons une réunion générale une fois par semaine, une réunion médicale hebdomadaire, je dois superviser des dossiers d’engagement pour tout ce qui concerne l'anesthésie, le bloc opératoire et les soins intensifs. Et je fais partie de l’équipe qui prépare le plan catastrophe de Choscal... eh oui, les choses peuvent aller encore plus mal que maintenant et nous redoutons très sérieusement une flambée de violence, ou pire encore la saison des cyclones qui approche (n’oublions pas les milliers de sans abris qui logent sous tente... avec des vents de 100 à 200 km heure et des pluies diluviennes, je n’ose juste pas imaginer le cauchemar). Une autre éventualité est un crash aérien : tous les avions passent au dessus de cité soleil et au dessus de notre hôpital avant d’atterrir et leur hauteur de vol doit être de 100 mètres environ...

Le bloc opératoire

J’ai aussi commencé à réorganiser le fonctionnement du bloc opératoire, à commander du matériel, à réguler le programme opératoire pour prioriser les urgences par rapport aux non urgences, à re expliquer le fonctionnement d’un bloc, les règles d’hygiène, ...
Notre table d’opération est toujours cassée et redescend lentement en permanence, et l’anesthésiste doit constamment pomper pour que la table remonte à hauteur compatible avec le chirurgien (c’est une table avec un système hydraulique pour faire monter ou descendre à volonté).
Notre scialytique (lampe de plafond qui dispense une forte lumière blanche au dessus du champ opératoire) est cassé depuis plus d’un mois et notre brave chirurgien travaille aves des lampes de fortune branchées à des batteries de voiture posées à même le sol.
J’ai encore un stock relativement confortable de médicaments pour faire des anesthésies relativement efficaces. Par contre pour ce qui est des règles de sécurité... cela me fait froid dans le dos...
Mon collègue chirurgien est d’origine russe, assez jovial, ne parle pas le français et baragouine un peu d’anglais avec un si fort accent russe que je dois souvent lui demander de me répéter ce qu’il veut me dire... il a déjà une voix assez forte et quand je lui demande de répéter, il pense que je n’ai pas entendu alors il crie encore plus fort, mais de façon toujours plus incompréhensible... nous formons une paire qui doit être assez cocasse ...
A la maison, il a une descente impressionnante en bière et en vodka, mais je ne l’ai jamais vu ivre...
A part cela, il opère assez bien, il n’a eu aucune infection post opératoire et aucune hémorragie post opératoire. Ses plaies et sutures ne sont pas des plus esthétiques, mais elles ont l’avantage d’être efficaces.
Il est devenu un vrai champion des césariennes en urgence (nous en avons entre 1 et 3 par jour, et il collectionne des temps opératoires très impressionnants : entre l’incision de départ et l’hystérotomie (ouverture de l’utérus dans lequel se trouve le bébé), environ 1 à 2 minutes, et entre l’hystérotomie et la naissance entre 30 secondes et 1 minutes. C’est vraiment excellent. Ensuite c’est moi qui assume la réanimation des bébés qui ont tous besoin d’un petit coup de main pour démarrer dans la dure vie qui les attend...
Ce qui est très sympa c’est de croiser les opérés dans la cour de l’hôpital, qui nous reconnaissent tous, nous saluent avec un grand sourire et nous montrent tout heureux leurs progrès.

Les Soins Intensifs

J’ai commencé un travail de réorganisation des soins intensifs : il faudra faire beaucoup d’enseignement aux infirmières, leur apprendre à connaître leurs patients, à comprendre pourquoi faire les traitements, et surtout ...l nécessité de surveiller leurs patients au lieu de dormir ou de regarder les match de foot à la télé ... (tous les employés de Choscal ont de petites télé portables pas plus grandes qu’un natel et regardent en direct tous les mach avec forces commentaires).
Mes braves infirmières ne savent pas réanimer, ne savent pas préparer des médicaments intraveineux, leurs notions d’hygiène sont assez poétiques, et surtout elles n’ont pas le même sens des priorités que moi...
Je leur ai préparé des outils de travail très simples avec lesquelles elles doivent cocher des cases pour être sûres de n’avoir rien oublié.
Je dois leur apprendre à être systématiques, ordrées, à surveiller leurs stocks de médicaments, et de matériel, leur apprendre que si une collègue doit réanimer un patient ce n’est pas le bon moment pour quitter les soins intensifs pour aller prendre sa pause ou partir manger...

Les urgences

Tous les jours nous avons des accidentés graves : en Haïti, il n’y a pas de permis de conduire et encore moins d’un service des automobiles qui surveille l’état des véhicules : de véritables épaves tiennent lieu de pickup toyota dans lesquels s’entassent entre 10 et 15 personnes, et je vous laisse imaginer ce qui se passe quand un de ces véhicules entre en collision..., il n’y a aucune règle de circulation et très nombreux sont les enfants et les adultes qui se font renverser par des voitures ou des camions. Les blessures sont très impressionnantes et souvent fatales fautes de moyens de les soigner.
Nous continuons d’avoir assez régulièrement des plaies par balles en tous genres mais qui ne semblent relever que d’une violence civile (« petite criminalité » ) et parfois qui suivent une intervention de la Minustah.
Le pire à supporter ce sont les enfants malades que des mères nous amènent dans un état quasiment moribond... dans un état semi comateux, sévèrement déshydratés, hautement fébriles, et dont l’issue est en générale fatale en quelques heures...
Sinon nous soignons tous les jours des plaies monstrueuses et des abcès dont l’incision draine des litres de pus nauséabond : jamais je n’ai vu pareilles plaies en Europe. Étonnamment, après drainage, l’évolution est relativement bonne. J’ai pris quelques photos mais je vais vous épargner... ce sera pour des collègues médecins...

La mort et la maladie planent au dessus de Choscal :

Les jours se succèdent, et chaque jour amène ses drames et ses situations médicales tellement inattendues pour un européen...
Des enfants qui meurent brutalement, sans aucun signe d’appel, des accidentés de la route qui succombent à des blessures que nous pourrions pourtant soigner relativement facilement dans nos hôpitaux, des césariennes dont l’issue est fatale pour la mère, ... Même les situations qui semblent à priori rassurantes et médicalement normales peuvent se détériorer brutalement...
Que sommes-nous venus faire dans cet enfer ? Nous tentons désespérément de soigner, de panser, d’opérer, d’organiser, mais tous les jours nous sommes confrontés à la mort et à des catastrophes médicales que nous n’avions pas prévues.
Nous manquons de moyens diagnostics, nous manquons d’équipes soignantes motivées qui suivent nos prescriptions (toutes les infirmières travaillent dans deux ou trois hôpitaux à la fois, et passent leur temps à dormir quand nous tournons les talons, leur métier est un moyen de subsistance et non plus une vocation).
La collaboration avec le système local est probablement la chose la plus difficile, en comparaison avec un projet qui serait 100 % MSF et dont les employés seraient tous expatriés, volontaires et motivés.
Ces derniers jours, la mortalité est relativement importante, et nous accusons environ 2 à 5 morts par 24°°, soit des enfants, soit de jeunes adultes. Quoi qu’il en soit la moyenne d’âge de nos patients est vraiment jeune et nos plus vieux patients n’atteignent pas les 60 ans.
La mortalité de nos petits prématurés aux Soins Intensifs stagne lamentablement à 100%...
La mortalité maternelle suite aux accouchements est d’environ 5 à 10 %...
La mortalité pédiatrique également flirte avec les 10 %
Nous avons un très gros taux de grossesses pathologiques, de prématurité et d’enfants hypotrophiques à la naissance.
En médecine interne les principales pathologies sont infectieuses (paludisme, dengue, tuberculose, bronchopneumonies, typhoïde). Les pathologies cardiovasculaires sont principalement un taux énorme d’hypertension, mais nous ne rencontrons pas de pathologies cardiaques, et de toute façon nous n’avons aucun moyen ni de les diagnostiquer ni de les traiter ... à Choscal, il n’y a pas d’ECG, et le seul médicament antihypertenseur à disposition est la methyldopa.
En chirurgie nous avons principalement des pathologies infectieuses (abcès, phlegmons, gangrènes), des brûlures et des problèmes abdominaux. Nous avons une équipe de MSF France qui a un projet à Port au Prince pour toute la pathologie orthopédique et nous pouvons leur référer des patients avec des fractures.
En pédiatrie, nous avons des pneumonies, des diarrhées fébriles, des malaria, des neuro paludismes, des méningites, et des déshydratations.
Entre 100 et 150 patients passent la porte de l’hôpital chaque jour et Choscal est un hôpital d’environ 100 lits avec un taux d’occupation de plus de 100 % puisque notamment aux Soins Intensifs nous avons 3 enfants par lit ... pour seulement 1 médecin urgentiste, un médecin interniste, un gynécologue 2 jours par semaine, 1 chirurgien et un médecin anesthésiste-intensiviste... les 5 services (médecine, chirurgie, pédiatrie, maternité, soins intensifs) comprennent 3 infirmières par service, il y a 2 sage-femmes...
Le travail ne manque pas...
Mais le plus choquant est la présence permanente de la mort... pas une journée sans au moins un décès...
Dans ce contexte, nous rencontrons également un important problème de gestion de la morgue : pas de frigo, pas de climatiseur dans ce local, et des corps qui se dégradent à très grande vitesse en raison de la chaleur torride qui règne en Haïti, avec tous les risques que cela comprend (présence de nuages de mouches que l’on retrouve après dans tout l’hôpital...). Le « responsable » local (haïtien) de la morgue a de très sérieux troubles psychiatriques qu’il arrose abondamment d’alcool fort dès le matin ce qui rend son comportement pour le moins surprenant, pour ne pas dire choquant... et il nous est malheureusement impossible de l’évincer de son poste car il n’est pas employé ni payé par MSF et il semble bénéficier de « protections » locales. Mais, ... des corps disparaissent, les certificats de décès que nous remplissons à 3 exemplaires disparaissent, et certains corps restent dans la morgue plusieurs jours parce que les familles ne viennent pas réclamer leurs morts et qu’il n’y a pas de services de pompes funèbres. Parfois il prend seul l’initiative de mettre plusieurs corps dans une caisse en bois et part les enterrer lui-même... Nous avons déjà écrit plusieurs protocoles de gestion des morts avec les autorités publiques et la police, mais c’est très difficile à mettre en place. Inutile de parler d’un quelconque accompagnement des familles des défunts ni même d’une gestion digne des cadavres... c’est très choquant...

Maisons détruites

Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines

Cité Soleil, le bidon-ville maudit

Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.

Haïti juin 2010

Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.