Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

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Pour ceux qui prennent connaissance de mon blog maintenant, je vous recommande de le lire dans l'ordre chronologique, c'est à dire de commencer par les messages publiés à la fin du mois de mai.

Hôpital Choscal Cité-Soleil

Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.

mardi 15 juin 2010

lundi 14 juin 2010 : petit Victor est mort ...

Triste journée que ce lundi... en arrivant à Choscal, la première chose que j'ai faite a été de me rendre aux Soins Intensifs pour voir mon petit Victor.
Il est décédé hier soir après un ultime arrêt respiratoire.
Le coeur lourd, j'ai eu de la peine à redémarrer ma journée de travail avec énergie et enthousiasme.
Ma visite des soins intensifs était teintée de tristesse, mais heureusement mes autres patients vont bien et ont une évolution favorable. Un des patients était une urgence de la nuit: plaies par arme blanche (une 20aine de coups de couteau dans le dos, perforation thoracique avec hémopneumothorax), encore un règlement de comptes entre gang.
Ensuite longue activité au bloc opératoire principalement pour des plaies infectées abcédées. Je n'ai jamais de ma vie de médecin rencontré des situations aussi extrêmes... Chaque abcès vomissait des litres de pus dans l'indifférence du chirurgien pour qui ce genre de cas semble parfaitement habituel et banal... c'était juste hallucinant.
En sortant du bloc opératoire, je reçois un appel urgent sur ma radio: on a besoin de moi aux Soins Intensifs: un enfant est en cours de réanimation: Je trouve plusieurs de mes collègues devant un enfant malnutri, cachectique et sévèrement deshydraté, en état agonal... un de mes collègues a trouvé sa jeune maman de 15 ans, tranquillement assise sur un banc à la consultation ambulatoire... elle avait visiblemnt eu recours à des "soins" selon les techniques vaudous, mais commençait à trouver que son enfant était peu réactif, mais elle ne s'est même pas présentée aux urgences, c'est mon collègue qui a pris l'enfant et l'a emporté aux soins intensifs pour tenter quelque chose. Après 2 heures de réanimation, nous avons dû abandonner...
Quel terrible sentiment d'impuissance...
Petit Victor va me manquer, qu'il repose en Paix avec les anges.

dimanche 13 juin 2010

Dimanche 13 juin 2010

Les rues sont calmes sur le trajet de l’hôpital. Des hommes en chemise-cravate ( !), des petites filles en robes blanches éclatantes avec des rubans blancs dans les cheveux se promènent fièrement au milieu des décombres et des tas d’ordures pourrissantes et fumantes, une bible à la main... Des personnes se lavent à grandes eaux, nues dans la rue...
Il fait un soleil resplendissant et brûlant, il n’est que 7heures du matin... et déjà il fait une chaleur étouffante.
Je suis venu à Choscal pour faire la visite de mon service de Soins Intensifs.
Un de mes petits patients comateux (méningo-encéphalite infectieuse qui n’a répondu à aucun antimicrobien (ni antiviraux, ni antibiotiques, ni anti malariques) ni aux corticoïdes est décédé durant son transfert en pédiatrie. Un de mes petits prématuré est mort dans la nuit.
Heureusement mon petit protégé, lui est toujours là, celui que j’ai déjà réanimé 5 ( ?) – 10 ( ?) fois. Sa maman n’est jamais là, elle ne lui a toujours pas trouvé de nom... j’ai décidé de l’appeler Victor (parce que je lui souhaite de sortir victorieux de son épreuve et de tenir le coup).
Petit Victor, qui ne pèse que 1kg 170 et a probablement 30 semaines, n’a pas arrêté de me poser des problèmes... très instable, il a passé la matinée à faire des bradypnées, apnées, ou bradycardies. Nous l’avons réanimé 3 fois, la troisième fois pendant 2 heures non stop. Tous nos moyens, atropine, adrénaline, glucose 10% pour les risques d’hypoglycémie que nous ne pouvons pas contrôler (il n’y a plus de bandelettes), des antibiotiques pour les risques infectieux, l’hydratation et les apports en calorie, tout y a passé. Il est 2 heures de l’après-midi, Victor est stable, et je suis rentré me poser un moment pour essayer de profiter de mon jour de repos.
J’ai proposé à nos infirmières de lui donner du café noir par la sonde gastrique 3 fois par jour pour une tentative de stimuler ses centres respiratoires avec de la caféine que nous n’avons évidemment pas pour injection intraveineuse, ni de théophylline évidemment...
J’espère que Victor va tenir le coup jusqu’à demain...
Sinon tous mes autres patients des soins sont stables et vont bien. OUF !

Cet après-midi, si je résiste à la chaleur moite et brûlante, je vais me lancer dans des protocoles de soins.

Vous me manquez tellement, Marie, Basile, Grégory et Justine, et aussi Selina...

J’espère avoir enfin une connexion internet à la maison la semaine prochaine.

Maisons détruites

Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines

Cité Soleil, le bidon-ville maudit

Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.

Haïti juin 2010

Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.