Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Commentaires

Pour ceux qui prennent connaissance de mon blog maintenant, je vous recommande de le lire dans l'ordre chronologique, c'est à dire de commencer par les messages publiés à la fin du mois de mai.

Hôpital Choscal Cité-Soleil

Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.

mercredi 2 juin 2010

Choscal, Port au Prince

Sur la photo ci-dessous, vous pouvez voir la cour de l'hôpital de Choscal, dans la banlieue de "Cité soleil". C'est dans cet hôpital que je vais travailler.
C'est le seul accès à des soins de santé pour un des bidon-ville le plus pauvre (et le plus "chaud", d'où toutes nos strictes consignes de sécurité) de Port au Prince.
Ce centre de soins draine une population de 300'000 habitants entassés dans des conditions de vie, d'hygiène et de santé inimaginables et inhumaines.
Lors du tremblement de terre de janvier 2010, MSF a eu une réponse immédiate contrairement au gouvernement dont toute l'infrastructure a été durement touchée.
Cette photo a été prise 2 ou 3 jours après le tremblement de terre: des tentes - hôpital ont été dressées dans la cour.
Une tente pour les cas de médecine interne, une tente pour la pédiatrie, une tente pour la gynécologie, une tente pour les urgences et une tente pour le tri.

départ différé

Nous avons encore des séances de briefing ce jour.
MSF insiste beaucoup sur la sécurité. Nous aurons des protocoles stricts à respecter à la lettre, et un système de communication permanent, aucun déplacement seul, jamais à pied, ...
Nous avons reçu une excellente information sur la gestion du stress.
Départ prévu demain à 5:45, train jusqu'à Paris, aéroport Charles de Gaules, transfert en navette sur Orly, avion Air France de Orly à Pointe à Pitre (Guadeloupe française), puis Port au Prince.
L'arrivée prévue est le 3 juin à 18:00 locale soit à 23:00 genevoise.
Nouveau briefing prévu le 4 juin sur place.
Nous ne serons opérationnels que le 4 juin.
C'est réellement un autre monde que je découvre.
Je suis parti pour donner un peu de mon temps, de mon savoir et de mon expérience, mais surtout de mon amour à des populations dans la détresse, la misère et le dénuement absolu, et je me retrouve comme un petit débutant, à apprendre comment donner sans me détruire, tant la confrontation risque d'être rude.
Sacré leçon de vie ! Objectif n°1: rester le plus modeste possible!

mardi 1 juin 2010

Arrivé à Bruxelles

Ce matin, lever à l'aube. Selina m'a conduit à l'aéroport, quel bonheur !
Par contre, moi qui n'aime pas les adieux... je ne faisais pas le fier dans l'avion (allergies oculaires).
Je ne pensais pas qu'il serait si difficile de laisser pour un long mois Selina, Grégory, Basile, Marie et Justine...

Me voici au siège MSF Belgique dans la banlieue de Bruxelles pour différents briefings sur ma mission.

Le grand départ est prévu pour demain.

lundi 31 mai 2010

H moins 10

Voilà... mes valises sont prêtes. Dans 10 heures, mon avion décolle pour Bruxelles pour un briefing avant le grand départ...
Je sens que Grégory, Basile, Marie, Justine et Selina vont sacrément me manquer...
J'ai pris plein de photos de vous :-)

Diagnostic Bio-Social et Sanitaire

La population haïtienne fait face à un gap chronique de services sociaux, notamment santé, éducation, eau potable et assainissement.
L’incapacité de gestion des ressources humaines, le dysfonctionnement des structures sanitaires gérées par l’état, la faible disponibilité de médicaments et matériel, et les soins payants, représentent tous des facteurs qui rendent les soins de santé inaccessibles à la majorité de la population. Le cas de l’Hôpital Universitaire de l’État Haïtien (HUEH) – le plus important hôpital du pays – est emblématique : le personnel est souvent en grève, médicaments et matériel médical sont rarement disponibles, les patients doivent payer le dossier, la consultation, aller acheter les médicaments et ne bénéficient pas non plus d'une prise en charge correcte. Les seules  structures qui offrent des soins de qualité sont privées mais les coûts sont prohibitifs pour la grande majorité des Haïtiens. En milieu rural, le manque de structures ne fait qu’aggraver encore plus la situation. Selon le rapport sur les conditions de vie en Haïti de la Banque Mondiale [2001], seulement 28% de la population aurait accès à la santé et seulement 30% des institutions de santé sont publiques. Encore, un rapport de le MSPP de 2009 indique que plus de 80% des individus ayant fréquenté un établissement de santé en milieu rural prennent plus de trente minutes pour s’y rendre, et 23% d’entre eux ont besoin de plus de deux heures pour le faire.
Selon la dernière enquête EMMUS IV (Enquête Mortalité Morbidité et Utilisation des Services) de 2005-2006, le taux de mortalité maternelle est de 630 décès pour 100.000 naissances vivantes (la valeur la plus haute dans les Amériques) alors que ce taux était estimé à 523 par l'enquête précédente menée en 2000 ; la valeur représente 5 fois la moyenne de l’Amérique Latine. Toujours selon EMMUS IV, 60% des femmes sont assistées durant leur accouchement mais seulement 15% bénéficient de la présence de personnel médical qualifié [DSNCRP 2006-2008]. Aujourd'hui en Haïti, une femme court un risque de 1 sur 38 de décéder par cause maternelle pendant l’âge de procréation.
En ce qui concerne la santé des enfants, la mortalité des moins de 5 ans est de 80 sur 1.000 naissances  ; 32 décèdent avant d’arriver à la fin du premier mois et 28 avant d'atteindre leur premier anniversaire (la mortalité infantile est presque le double de la moyenne de la zone Caraïbes, 32) [UNICEF, 2007]. Les premières causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans restent la malnutrition, la diarrhée et la gastroentérite infectieuses et les IRA, qui représentent 55% des décès documentés sur cette tranche d'âge. La couverture vaccinale reste insuffisante ; seulement 41% des enfants entre 12 et 23 mois sont complètement vaccinés et 11% ne reçoivent aucune vaccination [EMMUS IV]. Encore une fois, les enfants en milieu rural sont ceux qui représentent les pires statistiques.
Différentes données sont disponibles sur le VIH/SIDA, dont le taux de prévalence est estimé à 2% par UNICEF et EMMUS IV et à 5% par une étude privée publiée en 2004 [HIV/AIDS : A Literature Review], qui définit les données officielles comme peu représentatives. MSPP et OMS-OPS confirment le SIDA comme la première cause de décès dans le pays, représentant plus de 20% du total de morts en Haïti. Alors qu’il est considéré comme un problème de sécurité nationale par les Etats-Unis, des fonds destinées au SIDA ont été libérés pour le déroulement de projets lors de ces dernières années. Mais l’instabilité sociopolitique, la pauvreté, les limitations dans l’accès aux soins et l’information en matière de santé, la stigmatisation des personnes ayant le SIDA dans leurs propres familles, l’existence de normes sociales promouvant les relations sexuelles avec différent partenaires, et encore les mécanismes très peu développés de contrôle et traitements des IST, obligent à maintenir un niveau d’alerte sur ce problème, surtout si les fonds nord-américains sont réadressés vers d’autres priorités.
La sécurité alimentaire représente un autre problème dans l’île : le secteur agricole, dévasté par les politiques néolibérales des années 70 et 80, outre les cyclones et inondations, n’arrive aujourd’hui à satisfaire que 42% de la demande interne [Famine Early Warning System Net, 2009]. Plus de la moitié de la consommation interne est importée (52%), ce qui expose le pays aux fluctuations de prix internationaux et aux politiques étrangères. Croissance économique limitée et haut taux de chômage rendent difficile l’accès aux aliments, mais aussi la technologie anachronique, la carence d’infrastructures et de moyens de transport, la déforestation et l’érosion du sol, excluent la possibilité d’une solution à court-moyen terme. La tendance de la prévalence de la malnutrition chronique - ou retard de la croissance - montre une détérioration de l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans ;  de 32% en 1995 elle est passée à 23% en 2000, et encore 24% en 2005, dont un tiers sont sous une forme sévère. Cette figure - 24% - est deux fois plus haute que la prévalence de malnutrition chronique dans la région d’Amérique Latine et le Caribe (11,8% en 2005).  À 18-23 mois, l’âge à partir duquel le retard de croissance est difficilement rattrapable, 37% des enfants étaient trop petits pour leur âge. Selon l’enquête la plus récente de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition chronique varie de 18% à Port-au-Prince à 32% dans les départements de Grande-Anse et Centre, au-dessus du seuil international (30%) qui indique un problème de santé publique modéré. La malnutrition aiguë présente la même tendance, et la prévalence est passée de 8% en 1995, à 5% en 2000 et à 9% en 2005. Selon l’enquête de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition aigüe est égal ou de moins de 5% dans tous les départements sauf dans le Grande Anse et au Nord Ouest, avec une prévalence de 5.7% et 6.2% respectivement - le seuil international qui indique un problème de sante publique est 5%. Les enfants du milieu rural et les enfants de mère sans instruction sont les principales victimes de malnutrition.
La situation sanitaire et alimentaire, déjà pénible en soi, est encore aggravée par une couverture limitée des besoins en eau potable de la population. Une étude gouvernementale de novembre 2007 estime à 54% le taux de couverture à Port-au-Prince et 46% ailleurs [DSNCRP] ; cependant le système d’eau potable mis en place dans les années 80 se dégradent faute d’entretien et à cause des destructions et contaminations liées aux catastrophes naturelles.
La progressive concentration de la population dans des bidonvilles surpeuplés de Port-au-Prince - Cité Soleil ou Martissant étant les meilleurs exemples - avec un taux de chômage très élevé, représente aussi un défi humanitaire. Obligée de survivre de quelque manière, sans accès au marché du travail, se confrontant aux prix élevés des produits alimentaires et à des conditions de vie inhumaines, la population ne trouve d’autre solution que de vivre de l'économie informelle ou bien de la criminalité. Kidnappings, assauts, braquages, sont devenus de plus en plus fréquents lors de ces dernières années, arrivant à toucher même les quartiers résidentiels qui historiquement étaient à la marge de ce phénomène. La violence d’origine politique des années 90 et début de ce siècle a laissé place à une violence plutôt criminelle ou de banditisme. En Haïti, marginalisation et frustrations sociales, ainsi que manipulation des masses, peuvent aboutir à n’importe quel moment à des manifestations massives aux conséquences humanitaires relevantes.
La classe politique corrompue et extrêmement faible démontre peu d’intérêts à changer les choses, et il est difficile d’envisager une sortie de l’impasse. Toute décision cruciale passe à travers l’approbation de l’oligarchie locale et des donateurs internationaux. Les investissement sont définis sur base des agendas des acteurs décisionnels et non selon les besoins réels de la population ; santé et éducation sont à la marge des programmes à moyen terme du gouvernement, et les ingérences externes à ce niveau (lobby ou acteurs externe au système) semblent représenter le seul espoir.

Diagnostic Socio-économique et Socio-politique

L'instabilité politique qui a affecté le pays depuis toujours, mais aussi les désastres naturels qui le frappent régulièrement (cyclones et inondations), font  d’Haïti un pays au bord du développement. Avec 76% de la population vivant en dessous de la ligne de pauvreté et 56% en dessous de la ligne de pauvreté extrême, Haïti est aujourd’hui le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental ; les 2% les plus riches du pays touchent 26% du revenu global alors qu’environ 2 millions de personnes - 21% de la population totale - vivent en situation d’insécurité alimentaire. L’indice de risque de catastrophes naturelles est parmi le plus élevé au monde [PNUD, 2004] ; la répétition des impacts et la dégradation de l’environnement font que même un événement naturel qui n’est pas majeur peut causer des dégâts importants.
L’éducation est presque entièrement assurée par des acteurs non étatiques - souvent pas reconnus - et privés. Le taux d’analphabétisme approche les 39%.
Le pays présente une croissance démographique annuelle de 2,4% (2009). L'espérance de vie à la naissance est de 61,3 ans ; cette valeur, qui a chuté de 3 ans au cours des 5 dernières années, représente le minimum parmi les pays des Amériques. Le taux de fertilité est de 3,5%, parmi les plus élevés dans les Amériques selon les rapports de l’OMS-OPS de 2008. La structure de la population est principalement jeune, avec 46% de moins de 18 ans et 3,9% plus de 65 ans. D’une part poussée par le manque d’investissements et de développements du gouvernement dans les zones rurales, de l’autre attirée par la possibilité de trouver plus facilement un travail - ce qui reste de fait un mirage – la population continue à migrer vers les villes ; chaque année 75.000 personnes abandonnent la zone rurale pour alimenter les bidonvilles de la capitale, où déjà vivent 25% de la population totale du pays, dans des conditions très pénibles.
Les difficultés pour trouver du travail persistent : le taux de chômage est estimé à environ 30%, principalement en capitale et parmi les jeunes entre 15 et 24 ans. Plus de la moitié des travailleurs sont occupés dans le secteur agricole, dont l’apport au PIB est très limité (25%). 85% de la force de travail qualifiée d’origine haïtienne vit à l’étranger (principalement Etats-Unis et Canada), où elle a été forcée de se réfugier vis-à-vis des difficiles conditions de vie dans le pays. Beaucoup d'Haïtiens qui n’ont pas les moyens de prendre la route maritime vers les pays du nord, partent travailler dans les champs de canne à sucre en République Dominicaine, où ils sont soumis à un régime de travail esclavagiste et vivent dans des conditions misérables sans accès aux soins.
Les transferts financiers de la diaspora (1,8 milliards de dollars en 2008) représentent 35% du Produit Intérieur Brut et le double du budget national. 1,1 millions d’Haïtiens dépendent de ces transferts pour couvrir leurs dépenses basiques. Jusqu’à aujourd’hui, malgré la récente crise financière, le montant des transferts a continué à monter, mais il reste toujours un élément lié à des variables conjoncturelles.
À peine 40% du budget 2009-2010 de Haïti provient des recettes de l’État, alors que tout le reste arrive des dons et prêts de l’extérieur. La proportion des ces derniers, en particulier, continue de changer : si il y a trois ans les dons représentaient 42% du budget national et les emprunts 23%, aujourd’hui les premiers s’élèvent à 47% et les seconds descendent à 12%. Le récent allégement de la dette haïtienne de 1,2 milliards de dollars, acclamé par le gouvernement comme un succès, ne fait que confirmer la totale faillite de l’État en termes économiques. 

Maisons détruites

Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines

Cité Soleil, le bidon-ville maudit

Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.

Haïti juin 2010

Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.