La population haïtienne fait face à un gap chronique de services sociaux, notamment santé, éducation, eau potable et assainissement.
L’incapacité de gestion des ressources humaines, le dysfonctionnement des structures sanitaires gérées par l’état, la faible disponibilité de médicaments et matériel, et les soins payants, représentent tous des facteurs qui rendent les soins de santé inaccessibles à la majorité de la population. Le cas de l’Hôpital Universitaire de l’État Haïtien (HUEH) – le plus important hôpital du pays – est emblématique : le personnel est souvent en grève, médicaments et matériel médical sont rarement disponibles, les patients doivent payer le dossier, la consultation, aller acheter les médicaments et ne bénéficient pas non plus d'une prise en charge correcte. Les seules structures qui offrent des soins de qualité sont privées mais les coûts sont prohibitifs pour la grande majorité des Haïtiens. En milieu rural, le manque de structures ne fait qu’aggraver encore plus la situation. Selon le rapport sur les conditions de vie en Haïti de la Banque Mondiale [2001], seulement 28% de la population aurait accès à la santé et seulement 30% des institutions de santé sont publiques. Encore, un rapport de le MSPP de 2009 indique que plus de 80% des individus ayant fréquenté un établissement de santé en milieu rural prennent plus de trente minutes pour s’y rendre, et 23% d’entre eux ont besoin de plus de deux heures pour le faire.
Selon la dernière enquête EMMUS IV (Enquête Mortalité Morbidité et Utilisation des Services) de 2005-2006, le taux de mortalité maternelle est de 630 décès pour 100.000 naissances vivantes (la valeur la plus haute dans les Amériques) alors que ce taux était estimé à 523 par l'enquête précédente menée en 2000 ; la valeur représente 5 fois la moyenne de l’Amérique Latine. Toujours selon EMMUS IV, 60% des femmes sont assistées durant leur accouchement mais seulement 15% bénéficient de la présence de personnel médical qualifié [DSNCRP 2006-2008]. Aujourd'hui en Haïti, une femme court un risque de 1 sur 38 de décéder par cause maternelle pendant l’âge de procréation.
En ce qui concerne la santé des enfants, la mortalité des moins de 5 ans est de 80 sur 1.000 naissances ; 32 décèdent avant d’arriver à la fin du premier mois et 28 avant d'atteindre leur premier anniversaire (la mortalité infantile est presque le double de la moyenne de la zone Caraïbes, 32) [UNICEF, 2007]. Les premières causes de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans restent la malnutrition, la diarrhée et la gastroentérite infectieuses et les IRA, qui représentent 55% des décès documentés sur cette tranche d'âge. La couverture vaccinale reste insuffisante ; seulement 41% des enfants entre 12 et 23 mois sont complètement vaccinés et 11% ne reçoivent aucune vaccination [EMMUS IV]. Encore une fois, les enfants en milieu rural sont ceux qui représentent les pires statistiques.
Différentes données sont disponibles sur le VIH/SIDA, dont le taux de prévalence est estimé à 2% par UNICEF et EMMUS IV et à 5% par une étude privée publiée en 2004 [HIV/AIDS : A Literature Review], qui définit les données officielles comme peu représentatives. MSPP et OMS-OPS confirment le SIDA comme la première cause de décès dans le pays, représentant plus de 20% du total de morts en Haïti. Alors qu’il est considéré comme un problème de sécurité nationale par les Etats-Unis, des fonds destinées au SIDA ont été libérés pour le déroulement de projets lors de ces dernières années. Mais l’instabilité sociopolitique, la pauvreté, les limitations dans l’accès aux soins et l’information en matière de santé, la stigmatisation des personnes ayant le SIDA dans leurs propres familles, l’existence de normes sociales promouvant les relations sexuelles avec différent partenaires, et encore les mécanismes très peu développés de contrôle et traitements des IST, obligent à maintenir un niveau d’alerte sur ce problème, surtout si les fonds nord-américains sont réadressés vers d’autres priorités.
La sécurité alimentaire représente un autre problème dans l’île : le secteur agricole, dévasté par les politiques néolibérales des années 70 et 80, outre les cyclones et inondations, n’arrive aujourd’hui à satisfaire que 42% de la demande interne [Famine Early Warning System Net, 2009]. Plus de la moitié de la consommation interne est importée (52%), ce qui expose le pays aux fluctuations de prix internationaux et aux politiques étrangères. Croissance économique limitée et haut taux de chômage rendent difficile l’accès aux aliments, mais aussi la technologie anachronique, la carence d’infrastructures et de moyens de transport, la déforestation et l’érosion du sol, excluent la possibilité d’une solution à court-moyen terme. La tendance de la prévalence de la malnutrition chronique - ou retard de la croissance - montre une détérioration de l’état nutritionnel des enfants de moins de 5 ans ; de 32% en 1995 elle est passée à 23% en 2000, et encore 24% en 2005, dont un tiers sont sous une forme sévère. Cette figure - 24% - est deux fois plus haute que la prévalence de malnutrition chronique dans la région d’Amérique Latine et le Caribe (11,8% en 2005). À 18-23 mois, l’âge à partir duquel le retard de croissance est difficilement rattrapable, 37% des enfants étaient trop petits pour leur âge. Selon l’enquête la plus récente de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition chronique varie de 18% à Port-au-Prince à 32% dans les départements de Grande-Anse et Centre, au-dessus du seuil international (30%) qui indique un problème de santé publique modéré. La malnutrition aiguë présente la même tendance, et la prévalence est passée de 8% en 1995, à 5% en 2000 et à 9% en 2005. Selon l’enquête de déc. 2008 – mars 2009, le taux de malnutrition aigüe est égal ou de moins de 5% dans tous les départements sauf dans le Grande Anse et au Nord Ouest, avec une prévalence de 5.7% et 6.2% respectivement - le seuil international qui indique un problème de sante publique est 5%. Les enfants du milieu rural et les enfants de mère sans instruction sont les principales victimes de malnutrition.
La situation sanitaire et alimentaire, déjà pénible en soi, est encore aggravée par une couverture limitée des besoins en eau potable de la population. Une étude gouvernementale de novembre 2007 estime à 54% le taux de couverture à Port-au-Prince et 46% ailleurs [DSNCRP] ; cependant le système d’eau potable mis en place dans les années 80 se dégradent faute d’entretien et à cause des destructions et contaminations liées aux catastrophes naturelles.
La progressive concentration de la population dans des bidonvilles surpeuplés de Port-au-Prince - Cité Soleil ou Martissant étant les meilleurs exemples - avec un taux de chômage très élevé, représente aussi un défi humanitaire. Obligée de survivre de quelque manière, sans accès au marché du travail, se confrontant aux prix élevés des produits alimentaires et à des conditions de vie inhumaines, la population ne trouve d’autre solution que de vivre de l'économie informelle ou bien de la criminalité. Kidnappings, assauts, braquages, sont devenus de plus en plus fréquents lors de ces dernières années, arrivant à toucher même les quartiers résidentiels qui historiquement étaient à la marge de ce phénomène. La violence d’origine politique des années 90 et début de ce siècle a laissé place à une violence plutôt criminelle ou de banditisme. En Haïti, marginalisation et frustrations sociales, ainsi que manipulation des masses, peuvent aboutir à n’importe quel moment à des manifestations massives aux conséquences humanitaires relevantes.
La classe politique corrompue et extrêmement faible démontre peu d’intérêts à changer les choses, et il est difficile d’envisager une sortie de l’impasse. Toute décision cruciale passe à travers l’approbation de l’oligarchie locale et des donateurs internationaux. Les investissement sont définis sur base des agendas des acteurs décisionnels et non selon les besoins réels de la population ; santé et éducation sont à la marge des programmes à moyen terme du gouvernement, et les ingérences externes à ce niveau (lobby ou acteurs externe au système) semblent représenter le seul espoir.
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