Je vous livre encore des photos que j'ai faites avec mon téléphone portable depuis les voitures MSF lors de mes trajets entre mon logement et l'hôpital de Choscal.
La ville n'est que ruines... et le plus dramatique est que les parties les plus touchées de la ville sont les zones les plus pauvres, entre autres parce que les constructions étaient de mauvaise qualité.
Un chauffeur Haïtien m'a dit un jour le regard dans le vague: "tu vois, Dr Michel, toutes ces maisons en ruine, ... eh bien cela a duré 45 secondes, ... tout s'est écroulé en 45 secondes, ... en 45 secondes il y a eu des milliers de morts, des milliers, des écoles entières avec des enfants, des jeunes étudiants, des écoles d'infirmières avec des centaines d'infirmières, ... et moi ce jour là je me trouvais au nord de Haïti. Je n'ai rien su, ce n'est que le lendemain que j'ai vu les informations à la télévision, ... c'était l'horreur... en direct... quand on a réussi à venir comme bénévoles, il y avait des morts partout, partout..."
Les expatriés avec qui j'ai pu parler et qui étaient sur place lors de l'urgence me l'ont décrit, ce chaos...
"il y avait des cadavres partout, cela sentait la mort partout, et il y avait des explosions (des conduites de gaz ou d'essence) et il y avait des hommes ou des femmes qui étaient carbonisés complètement, mais qui vivaient encore... "
Les plus chanceux sont morts sur le coup, ensevelis. Mais de nombreuses victimes sont mortes après des jours de souffrance, en raison de chocs hémorragiques, des suites de brûlures étendues au 3ème degré, des suites d'amputations qui ont dégénéré en gangrènes, ...
Haïti, île martyre, ... peuple Haïtien, peuple martyr, ... tu avais déjà perdu espoir, et cette catastrophe est venue achever le peu qui existait encore...
Les haïtiens valides survivants à ce désastre, et qui ont tout perdu, tout: leurs proches, leurs maisons, leurs biens, absolument tout, qui se sont retrouvés en 45 secondes des sans domicile, sans habits, sans maison, sans nourriture, sans eau, sans toilettes, sans douches, sans toit, se sont tous portés volontaires pour aider la Croix-Rouge Haïtienne.
Depuis le 12 janvier, ils n'ont pas eu un seul jour de repos, pas un seul, et surtout, le plus difficile, pas un seul jour de deuil pour pleurer leurs morts, et pour pleurer tout ce qu'ils ont perdu, pas un seul jour pour reprendre des forces.
Et que retrouvent-ils en sortant du "travail" ? des champs de ruines, des camps de tentes, des conditions de vie inhumaines, sans intimité, sans sécurité, sans hygiène, sans eau, sans fraîcheur, des nuages de moustiques, la maladie, la mort, l'angoisse, toujours, ... et surtout, surtout, l'absence d'espoir, ...
Pas de gouvernement, pas de travail, aucune infrastructure, aucune gestion de la violence, et un climat implacable...
Actuellement, la seule chose qui se passe sur ces champs de ruine sont la présence d'hommes qui avec des marteaux et des masses, brisent les blocs de béton en petits gravats et qui récupèrent les tiges d'acier du béton armé pour les revendre aux ferrailleurs.
Sinon, des familles entières logent soit à la belle étoile, soit sous tente à côté de leur maison en ruine et attendent depuis 6 mois un hypothétique plan de reconstruction.
Partout sur les murs des ruines sont écrits à la peinture des phrases: "nous avons besoin d'aide", ou encore "Adieu ... (avec le prénom de quelqu'un)... nous ne t'oublierons jamais..."
La vie a repris en Haïti... les rares "axes routiers" encore "carrossables" sont bloqués de 8°° à 17°° par des files de voitures, on voit partout des enfants en uniforme scolaire se rendre dans des écoles privées, parfois des hommes en costume/cravate, et le dimanche, des enfants ou des adultes dans des habits éclatants de propreté se rendre à l'église une bible à la main.
Partout, des "marchés" fleurissent et tout peut servir d'étalage pour vendre tout et n'importe quoi.
D'énormes camions citerne livrent inlassablement de l'eau "potable" partout (il n'y a aucune canalisation d'eau qui fonctionne encore).
Partout des ordures jonchent les rues, des chiens errants faméliques se nourrissent des restes trouvés, et seule note un peu "bucolique", des poules et des coqs absolument partout... et qui chantent le lever de l'astre du matin, mais qui semblent avoir un peu perdu le nord.. (ils chantent le lever du soleil à 2°° du matin aussi bien qu'à midi).
Tout reste à faire pour tenter de relever Haïti, tout... il y en a pour des années de travail...
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