Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

Médecin Sans Frontières Belgique - Mission Haïti - Projet Chirurgie Urgence - Cité Soleil Choscal

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Pour ceux qui prennent connaissance de mon blog maintenant, je vous recommande de le lire dans l'ordre chronologique, c'est à dire de commencer par les messages publiés à la fin du mois de mai.

Hôpital Choscal Cité-Soleil

Hôpital Choscal Cité-Soleil
Un des 5 projets MSF sur Port au Prince géré par MSF Belgique (il y a des projets MSF France, MSF Suisse, MSF Hollande, MSF Espagne)

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil

Salle d'Opération - Choscal - Cité Soleil
A droite notre chirurgien russe, Yaroslav, et à gauche une infirmière qui l'assiste, mais elle n'a pas la formation technique pour l'instrumenter. Sur cette prise de vue tout à l'air assez standard et "propre", ce qui est très rassurant, mais la vue d'ensemble est nettement moins rassurante et bien plus déroutante.

dimanche 6 juin 2010

3 juin 2010: Plongée en enfer !

Pardon d’emblée à mes lecteurs... je vais vous transmettre les choses telles que je les ai ressenties et vécues. Cela n’engage que moi.

Vol Air France 3958 Pointe à Pitre (Guadeloupe) – Port au Prince (Haiti). Nous sommes en phase d’approche avant l’atterissage. Nous sommes épuisés par presque 24 heures de trajet. Mon collègue Javid, médecin urgentiste, qui va travailler sur le même projet que moi pour MSF Belgique, citoyen anglais, iranien par sa mère et soudanais par son père, très sympathique.
Il me fait signe et me montre du doigt le hublot. Nous survolons la ville de 2 millions et demi d’habitants, pendant environ 5 minutes. Tout ce que je vois n’est que champs de ruines et des gigantesques camps de tentes blanches ou bleues (plusieurs milliers de tentes par camps) avec un drapeau de la Croix Rouge ou de l’ONU.
Il est 17°° heure locale, mais pour nous il est 2°° du matin. Nous avonzs fait plus que 2 fois le tour du cadrant dans des avions, des trains, des aéroports, des navettes qui ne venaient pas, des taxis... un peu harassés de fatigue et de tensions, d’appréhension aussi.

Sortie de l’avion sur le tarmac (l’aéroport est là devant nous mais effondré et en ruines). Il fait une chaleur étouffante (35°) dont le ressenti est très pénible en raison de l’humidité. Nos chemises sont mouillées de transpiration. Les douaniers nous attendent sous une bâche en plastic blanc devant des tables en bois. Spectacle dérisoire de tentative de maintien d’un contrôle bureaucratique dans un pays en ruine. Nous devons tout de même remplir des fiches d’immigration, mais il n’y en a pas assez pour tous les passagers ! Il y a quelques étrangers (européens, tous des humanitaires), et principalement des haïtiens qui rentrent au pays (le tremblement a déclenché un exode massif de plusieurs milliers d’haïtiens à l’étranger, principalement les USA, Miali Floride).

A la sortie de l’aéroport, plusieurs chauffeurs attendent avec des pancartes : MSF, Médecins du Monde Canada, Save the Children, ONU, Water... que des humanitaires.

Nos chauffeurs MSF semblent très tendus, nous identifient à peine et nous « embarquent » rapidement sur le « parking (que je nommerais plutôt « terrain vague défoncé ») de l’aéroport. C’est à ce moment que je comprends pourquoi tout le monde semble stressé : des hordes d’enfants, et d'adultes nous harcèlent pour obtenir de l’argent ou à manger, et deviennent rapidement menaçants parceque nous n’avons pas le droit de nous arrêter (consignes de sécurité). Une voiture militaire de l’ONU casques bleus (la troupe s’appelle « MINUSTAH », c’est à dire mission internationale des nations unies pour la stabilisation en Haïti) nous attend et nous escorte : démarrage en trombe, partout dans la rue, des soldats armés sont parqués armes au point, tanks postés aux carrefours. Nous roulons beaucoup trop vite compte tenu de ce qui devrait être appelé des routes mais qui sont en réalité totalement défoncées.

Et là... c’est la descente aux enfers... partout, des milliers de personnes parfois à moitiés nues, errent dans les rues, le visage dévasté par la tristesse, l’épuisement, au milieu des ruines, des tas de gravats, des immondices, partout des maisons à moitié écroulées ou complètement effondrées, et surtout, surtout, une odeur pestilentielle nous prend à la gorge et au narines, nous brûle, c’est suffocant, je suis au bord de la nausée. C’est un mélange d’odeurs d’ordures, de cadavres en décomposition et de moisissures. Il y a un bruit assourdissant partout, des radios qui hurlent à tue-tête, des gens qui hurlent, des cris, des bagarres, des chiens qui aboient, des cochons qui trainent dans les ordures, des poules qui caquettent et des coqs qui crient pour annoncer une aube qui a déjà commencé depuis 17 heures. Mais il fait sombre, il n’y a pas un souffle d’air et le ciel est couvert d’une épaisse couche de nuages noirs. Temps très orageux, quelques éclairs et un tonnerre qui gronde. Cela ne fait que rajouter à la tension ambiante trop palpable. Le trajet dure presque une heure pour rejoindre une première base MSF. J’ai la gorge serrée, le coeur qui bat à tout rompre... : jamais je ne pourrai supporter tout cela durant tout un mois...

Quand nous arrivons à la base dans l’indifférence, il n’y a personne pour nous accueillir ni même nous informer, tous sont partis prendre un apéritif dans un des rares bistrot « chic » de Port au Prince qui ne s’est pas écroulé...

Dans quoi me suis-je donc engagé ? Si l’enfer existe, c’est sûr il est ici, je suis plongé en plein dedans... Pour ceux qui connaissent le Seigneur des Anneaux, cela pourrait être comparé à un gigantesque camp de prisonniers dans le mordor... Rien à voir, mais alors rien du tout avec ce que nous avons pu voir dans les medias en janvier 2010...

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Maisons détruites

Maisons détruites
La Cathédrale de Port au Prince en ruines

Cité Soleil, le bidon-ville maudit

Cité Soleil, le bidon-ville maudit
un des abords de Cité-Soleil, vu depuis une des seule route "carrossable". Tout le reste est un dédale et un labyrinthe de "ruelles" très étroites dans lesquelles il n'est pas possible de circuler en voiture, et circuler à pied pour un blanc, correspond à un suicide... il y a 99 % de se faire agresser, dévaliser, kidnapper ou tuer. Même en pleine journée. Il s'agit d'une zone "noire" c'est à dire, accès interdit et danger maximum. Même l'armée des casques bleus ne s'y aventure pas... cette photo a été prise aux alentours de l'hôpital de Choscal.

Haïti juin 2010

Haïti juin 2010
un camp de tentes (pas d'ombre, pas d'eau, pas de douches, pas de toilettes, pas d'électricité): les tentes se déchirent à cause du soleil et du vent, et les brèches sont "colmatées" avec des bâches en plastique. Température la journée: entre 30 et 40 degrés. Une famille par tente.